Vierge, Marie ?

Publié le par Yves-André Samère

Si Marie, la mère de Jésus, est qualifiée de « vierge » alors que la Bible dans son ensemble ne mentionne nulle part cet état, c’est pour deux raisons.

La première est que les autorités religieuses tenaient à conserver leur clientèle, celle des fidèles qui lui assurent des revenus plus que confortables (voir ICI ce qui concerne le cardinal Tarcisio Bertone). Or, à l’époque où le christianisme fut ébauché, plusieurs religions reposaient sur la légende d’un dieu né d’une vierge. Pour plaire au plus grand nombre, le Vatican a donc – par anticipation – appliqué le principe de Jean Cocteau dans Les mariés de la Tour Eiffel : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs ». J’insiste : nulle part dans la Bible – que j’ai lue –, Marie n’est ainsi qualifiée (Marc ne parle pas d’elle, et Jean l’appelle simplement « la mère »), et si elle avait eu alors cette réputation, Paul, dans Les actes des apôtres, aurait bondi sur l’occasion, lui qui détestait les femmes et les aurait voulu toutes vierges. Or il n’en souffle mot, pas plus que les autres auteurs de ce recueil.

La seconde raison est tout bêtement une erreur de traduction, renforcée par cette manie du Nouveau testament de prétendre que les évènements jalonnant la carrière de Jésus se sont réalisés « pour accomplir la parole » de tel ou tel prophète – ce qui est une évidente absurdité. On lit en effet dans le livre du prophète Isaïe, chapitre VII, verset 14, que « la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel » (ben oui, pas « Jésus » ! Il prophétisait bizarrement, cet Isaïe). Nulle part, d’ailleurs, il ne dit que cet Emmanuel sera le Messie. Et la femme qu’il désigne comme devant enfanter, qui est l’épouse d’Achaz, roi très détesté de Juda, n’est évidemment PAS vierge. En outre, ce passage a été mal traduit, car il a utilisé le terme almah, qui signifie « jeune femme », alors qu’il aurait dû écrire betoulah s’il avait voulu dire « vierge » : lorsque l’Ancien testament veut désigner une vierge, il utilise TOUJOURS betoulah. Lire ICI une page intéressante, écrite par un musulman érudit, et qui développe le sujet. Mais les copistes ultérieurs, bien intentionnés, avec un bel ensemble, ont donné au texte originel un petit coup de pouce, et toute tentative de corriger l’erreur, comme en 1952 avec la Revised standard version, a été critiquée comme altérant le texte (sic !).

Isaïe écrit en outre que « la jeune femme est avec un enfant, elle a enfanté un fils et on lui a donné le nom d’Emmanuel ». Le fait de parler au passé indique bien qu’il ne parlait pas d’un évènement à venir, et Jésus n’a rien à voir là-dedans. La plupart des anecdotes sur Marie proviennent des évangiles apocryphes, que l’Église a écartés comme fantaisistes ou sentant le soufre.

(NB : je ne place pas cette notule sous la rubrique Sottises bibliques, puisque la Bible n’est pour rien dans cette histoire)

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