Vive l’essence chère !

Publié le par Yves-André Samère

Vous vous souvenez de Dynastie ? Ce feuilleton de la chaîne ABC, diffusé aux États-Unis entre le 12 janvier 1981 et le 11 mai 1989, fut le plus luxueux de l’histoire de la télévision. Son personnage principal, Blake Carrington, était un milliardaire de Denver, ayant fait fortune dans l’exploitation du pétrole. Parfaitement en paix avec lui-même, il estimait que son devoir était de trouver, partout dans le monde, le plus de pétrole possible, et au prix le plus bas possible, afin que ses concitoyens puissent vivre le mieux possible. Toute l’idéologie yankee était là : ce qui est bon pour les États-Unis est bon pour le monde. Pas une seconde, le sort des pays pillés par lui et ses congénères ne troublait le personnage, ni ne gêne, aujourd’hui encore, nos chers amis d’outre-Manche. Cette semaine, « Le Canard enchaîné », dans sa page 3, rappelle que le gallon d’essence, aux États-Unis, revient pour le Pentagone à 1,05 dollars, soit au cours d’aujourd’hui 73,3 centimes d’euros (en francs : 4,83) pour 3,785 litres – donc 1,27 francs ou 0,19 euros le litre !

En 1979, le shah d’Iran, Mohammed Reza Pahlavi, avait publié un livre – que j’ai lu –, Réponse à l’histoire, dans lequel il plaidait pour l’essence chère. Il préconisait à l’époque un prix de vente de 10 francs le litre (1,52 euros) ! Nous n’y sommes pas encore, puisque le prix de l’essence sans plomb, aujourd’hui à Paris, est de 1,356 euros en moyenne, et celui du diesel, de 1,144 euros.

On pourait croire que le shah plaidait surtout pour le maintien de ses ressources personnelles, puisqu’il vivait du pétrole dont le sous-sol de l’Iran était gorgé. En fait, non : infiniment plus intelligent que les dangereux mabouls qui lui ont succédé, il voyait loin. Il avait compris, longtemps avant tout le monde, que l’exploitation sans frein du précieux liquide ne pouvait conduire qu’à la catastrophe, l’assèchement des gisements, avec tout le cortège de calamités qui s’ensuivraient. Naturellement, personne ne l’a écouté.

Pourtant, comment ne pas se scandaliser de voir l’usage qui en est fait dans les pays dits avancés ? Ce liquide fossile, qui met à se former des centaines de siècles, est couramment gaspillé par des inconscients, qui prennent leur voiture afin d’aller chercher le journal à cent mètres de chez eux ! Ne parlons même pas de la pollution qui en résulte...

Ce que nous dilapidons ne se renouvellera pas. En tout cas, nous n’en verrons rien. L’espèce humaine aura disparu depuis longtemps avant que le pétrole, brûlé pour des motifs le plus souvent futile (est-il nécessaire que la secrétaire ou l’agent d’assurances aille passer ses vacances à l’autre bout du monde ?), soit reconstitué par la nature.

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