Vaincu par l’impossible
C’est décidé, je me convertis ! À quoi ? Mais non, pas à l’islam. Devoir, un mois par an, dormir le jour et ne boire et manger que la nuit – surtout boire – m’est insupportable. Et puis, marcher pieds nus sur le sol d’une mosquée, tout cela parce que je ne sais quelle idole estime que le sol de sa maison est un sol « sacré », il y a plus drôle.
Non, je vais me convertir au surnaturel. De rationaliste, je deviendrai adepte de tout ce qui me défrisait jusqu’à présent. Pourquoi ? Parce que je viens de découvrir que je possédais des super-pouvoirs, au même titre que ces héros qui ont envahi nos écrans de cinéma sans que le public s’esclaffe. Et donc, nul ne rira de moi.
La voie qui m’a conduit à cette décision n’est pas simple, elle est passée par... Canal Plus. Vous n’êtes pas sans savoir (les cons disent « sans ignorer ») que Canal Plus a produit un feuilleton intitulé Le bureau des légendes, dont la vedette est Mathieu Kassovitz, téléfilm tourné à la Cité du cinéma de Luc Besson – c’est à Saint-Denis –, ainsi qu’à Merzouga et Casablanca, au Maroc, lieu de tournage classique pour toute histoire se déroulant dans un pays arabe (pas question de filmer à Damas ou Alger). Feuilleton que la chaîne diffuse à raison de deux épisodes tous les lundis depuis le 27 avril. Il y a dix épisodes prévus, de cinquante-deux minutes chacun, et si vous savez compter, il n’y a eu que deux lundis depuis le 27 avril, par conséquent on n’a passé que quatre épisodes. Par ailleurs, le feuilleton n’a été diffusé qu’en France, sur Canal Plus évidemment, le DVD ne sera mis en vente que le 27 mai, et donc, il est absolument impossible que quelqu’un ait pu voir la totalité de cette œuvre qui s’annonce comme immortelle vu qu’Emmanuel Bourdieu a écrit neuf épisodes sur les dix (et si vous voulez savoir ce que je pense d’Emmanuel Bourdieu, allez lire les critiques de films que j’ai gribouillées ICI et LÀ).
Eh bien, là où surgit le surnaturel, c’est que, par un miracle inexplicable comme tous les miracles, la totalité des dix épisodes vient d’atterrir sur mon disque dur. Et que je puis donc, dès cet instant, visionner en entier les dix épisodes, y compris les six derniers que nul ne peut voir. Je vous signale que les sites illégaux de téléchargement ne les possèdent pas, et que le syndicat des auteurs a fait effacer les quatre épisodes déjà en ligne.
Vous comprenez à présent ma position : je suis victime d’un fait affolant, qui me pousse à renoncer à toute explication logique. La seule perspective qui me reste est de croire désormais à l’impossible.