Blablabla sur un attentat
Pauvre Nagui ! Alors qu’il pensait assurer peinardement la dernière édition de la saison pour son émission La bande originale (hélas, reconduite à la rentrée), il a été une victime collatérale de cet attentat qui a eu lieu dans une usine de province spécialisée dans la fabrication de gaz. On a commencé par couper une bonne dizaine de minutes de son émission dans sa première partie, puis on a sucré carrément toute la seconde partie, entre midi et midi et demi. Si bien que France Inter a enchaîné directement sur l’émission suivante, sans lui redonner la parole pour lui permettre de dire au revoir aux auditeurs, ni se fendre du moindre mot d’excuse. À la place, elle a menacé les auditeurs d’un journal prolongé, sur une heure, à partir de treize heures, et qui normalement devrait ajouter une heure de blablabla à tout ce vide.
J’ai tendu l’oreille sur toute la durée de cette demi-heure de pseudo-reportages, m’attendant à des merveilles, et je n’ai pas été déçu, car on a eu droit à toute la panoplie : micro-trottoirs interminables de personnages n’ayant rien vu et rien entendu ; avis d’expert ne sachant rien sur les lieux ni sur les circonstances ; annonce que Valls, et c’est original, va « prendre des mesures », et que Cazeneuve se déplace ; « état de choc » des employés de l’usine ; appel à la cohésion de la Nation entière, reposant sur un rapprochement saugrenu avec les attentats de « Charlie-Hebdo »; et, naturellement, création d’une cellule psychologique pour consoler les heureux survivants, qui n’ont couru de danger à aucun moment.
On devrait étudier cette émission dans les écoles de journalisme, afin d’enseigner aux élèves l’art de parler longuement pour ne rien dire. Une acquisition de connaissances précieuse quand on se destine à cette profession.