Les croyances irrationnelles
À ce qu’on entend, les Français seraient de moins en moins religieux. Pourtant, et paradoxalement, il leur resterait beaucoup de croyances bizarres. Non qu’ils croient aux mensonges de leurs gouvernants, dans le genre sapinesque « la croissance va revenir incessamment, on la sent, et le chômage sera bientôt en voie de régression », parce que là, ce serait hénaurme, comme dirait Luchini. Mais enfin, la crédulité « est la chose du monde la mieux partagée », aurait dû dire Descartes s’il avait eu autant de bon sens qu’il en prêtait à l’espèce humaine.
À vue de nez, mais je peux me tromper, les Français ont deux sortes de lubies : celles qui relèvent des légendes pseudo-scientifiques, et celles qui découlent de la vanité nationale. Pour le moment, parlons des premières, qui pullulent, on verra les autres plus tard. Beaucoup de Français prennent ainsi au sérieux la voyance, l’astrologie, la radiesthésie, l’homéopathie, la détection des eaux souterraines grâce à des baguettes de coudrier, le danger de se baigner dans les deux heures qui suivent un repas, la nocivité de la pleine Lune, la crise de foie, les chats noirs, la graphologie, le risque couru en passant sous une échelle, le nombre 13, le fait de renverser du sel sur la table, un parapluie sur un lit, voir sa femme en robe de mariée avant que le mariage ait été célébré, les lignes de la main, la phrénologie (autrefois), le Destin, et je vous laisse compléter la liste, car chacun connaît des tas d’exemples.
Au fait, une petite précision : j’ai visé plus haut la graphologie, et je connais des foules de gens qui confondent cette fausse science avec l’expertise en écriture. Rien à voir, en réalité : lorsque le président d’un tribunal ordonne l’expertise en écriture d’un document, par exemple un testament contesté, il ne s’agit que d’établir si ledit document a – ou n’a pas – été écrit par son auteur supposé. L’expert s’appuie alors sur des éléments matériels, notamment la comparaison avec d’autres échantillons connus de la même main. Les graphologues, au contraire, prétendent deviner le caractère de celui qui a rédigé le texte. Et là, c’est une pure escroquerie, car cette analyse ne se fonde sur rien. Autant dépenser son argent chez Madame Irma !