Surgé, condé, Incitator
Ce qu’il y a de bien, dans l’Éducation nationale, c’est que les bureaux du ministère regorgent de types inventifs qui renouvellent périodiquement le vocabulaire imposé aux maîtres et professeurs. Vous avez lu l’article en haut de la page 5 du « Canard enchaîné » de mercredi 29 ? Lisez-le, vous allez vous boyauter.
Remarquez, ce n’est pas une mode récente, mais les bourdes qu’elle génère n’ont jamais attiré l’attention, ni de leurs auteurs, ni des chefs qui les poussent à faire travailler leurs précieuses méninges. Ainsi, tenez : je me suis laissé dire que naguère, dans les lycées (je ne le sais pas d’expérience, car je ne suis jamais allé au lycée), le responsable le plus détesté de la boîte était le surgé (le surveillant général). Mais, un beau jour, on s’est avisé, dans les hautes sphères, qu’il n’était plus possible de laisser entendre qu’on surveillait les élèves, car c’est dégradant pour le genre humain. Et comme la tendance est plutôt de conseiller tout le monde, on a décidé que le surveillant général s’appellerait désormais conseiller d’éducation.
Nul ne s’est avisé, sauf les élèves eux-mêmes, que cette nouvelle appellation ferait merveille, une fois le terme raccourci en condé – très utilisé dans les histoires policières (il y a eu un film d’Yves Boisset, avec Michel Bouquet, en 1970, qui portait ce titre).
Attendons la suite. Un jour prochain, on ne « conseillera » plus les potaches, on les « incitera », comme tous les citoyens. Et le condé deviendra l’Incitator. Ce sera comme un hommage à Schwarzenegger.