Ils assassinent. Et nous ?
En soi, mourir quand on ne l’a pas voulu n’est pas un acte méritoire. C’est triste pour ceux qui restent, pour les proches, mais rien de plus. Dîner dans un restaurant, boire à la terrasse d’un café ou écouter de la musique dans une salle de concert ne sont pas des actes civiques et ne rapportent rien à la Nation. Mourir en faisant cela n’est pas comparable à mourir en faisant la guerre pour défendre son pays et ses valeurs.
Par conséquent, laissons les proches à leur tristesse, mais n’en faisons pas un deuil collectif – que je ne confonds pas avec la colère tout à fait normale envers les meurtriers. Et lorsque, vers la fin du dix-neuvième siècle, Jack l’Éventreur assassinait des prostituées dans les quartiers est de Londres, a-t-on allumé beaucoup de bougies, joué de la guitare et dansé dans les rues afin de « rendre hommage », comme il faut dire, à ces malheureuses ? Ah oui, c’est vrai, pour pouvoir manger, elles vendaient leur corps, donc c’était bien fait pour leur gueule.
Et puis, il y a cet autre aspect, c’est que notre fameuse civilisation chrétienne a fait bien pis, dans le passé, que de mitrailler des anonymes à la Kalachnikoff. Rappelons que notre chère Église catholique préconisait de brûler vives celles qu’elle accusait d’être des sorcières... sur de simples soupçons ; qu’en Italie, le 1er janvier 1600, Giordano Bruno, pour le crime d’avoir dit qu’il était athée, a subi le même supplice ; que lorsque quelqu’un était suspecté de crime, on lui plongeait la main dans l’huile bouillante, et qu’on décrétait que le jugement de Dieu lui épargnerait toute brûlure s’il était innocent ; qu’on exécutait de façon effroyable quiconque commettait un attentat contre le roi de France, évidemment représentant de Dieu sur Terre, y compris si le roi s’en était tiré sans mal, comme Louis XV ; que le malheureux chevalier de la Barre, qui n’avait que vingt ans, pour être « passé à vingt-cinq pas d’une procession sans ôter son chapeau qu’il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux », a été torturé, condamné à mort puis exécuté.
Alors, bien sûr, les catholiques ont depuis mis de l’eau dans leur vin, et la « sainte » Inquisition, instaurée en 1233, a été abolie... en 1843, en Espagne. Pour l’islam, il faudra sans doute attendre encore un peu.