Rouler sur des rails
Je n’aime pas beaucoup que « mes chers compatriotes » – comme disent tous nos présidents – se déplacent sur des rails ; en d’autres termes, qu’ils calquent leurs opinions sur ce qu’on leur dit qu’ils doivent aimer ou détester. En général, ce choix leur est aimablement fourni tout prêt par les médias, et ils obéissent sans se poser trop de questions. Ce n’est plus du fast food, mais du fast thinking. Si bien que des opinions fausses se sont installées ad perpetuam, et que l’on persiste, sur des on-dit, à détester Néron ou Richard III, alors que TOUT LE MONDE aime ou admire : De Gaulle, « mère » Teresa, Johnny Hallyday, Quentin Tarantino, Jean-Paul II, Mitterrand, Cousteau, Zidane, Che Guevara ou Picasso, et autres idoles incontestées. Et que jamais on ne cite des personnages beaucoup plus intéressants, plus utiles, comme René Dumont ou Albert Jacquard.
Notez qu’aux États-Unis, c’est pareil : les personnages populaires sont des rappeurs, ou Kim Kardashian, dont nul ne sait ce qu’elle fait dans la vie, alors qu’Hitchcock y était dédaigné (jusqu’à ce que les Français s’en mêlent), et que Woody Allen est toujours tenu pour un cinéaste de seconde zone.
Aujourd’hui, vingtième anniversaire de la mort de Mitterrand, on va nous faire ingurgiter à longueur de journée des éloges du personnage, alors qu’il a été le plus mauvais président de la Cinquième République, vicieux, incompétent, archi-nul en économie, cynique, hautain, et que ses seules actions louables (suppression de la peine de mort et dépénélisation de l’homosexualité) sont dues à quelques-uns de ses ministres, comme Badinter. Cela mis à part, responsable de trois suicides et d’un nombre incalculable de méfaits. Ce doit être pour cela qu’on a réélu ce politicien menteur en 1988.