Bip bip bip
Dans la maison de convalescence qui a le bonheur de m’héberger pour quelque temps, tout va bien, à première vue, et les employé(e)s sont charmant(e)s. Mais quelques bogues entachent ce bonheur parfait. Je vous en décris une ici, et garde le reste pour la prochaine fois.
Il y a eu au début une conception étrange de l’appel nocturne aux infirmières, auquel d’ailleurs je n’ai jamais eu recours ici. Cela fonctionne ainsi : à la tête de votre lit est reliée une télécommande, munie d’un gros bouton rouge et luminescent qui, via un simple appui, prévient une infirmière que le malade a besoin d’elle. Sans avoir vérifié plus avant, je suppose qu’alors, un voyant s’allume dans le bureau des infirmières, un peu comme les sonnettes qui tintent au générique de Downton Abbey. Prévenue, l’une d’elles se rend dans la chambre d’où vient l’appel, et un voyant lumineux clignote dans le couloir, indiquant le numéro de ladite chambre, ce qui est amplement suffisant. Hélas, l’architecte de la maison ou les ingénieurs qui ont conçu ces merveilles ont fait de l’excès de zèle, et ce clignotement s’accompagne d’un bip assez sonore, que seule l’infirmière qui accourt peut arrêter depuis un autre bouton qui se trouve dans la chambre, bip qui, en attendant, réveille... tout le couloir. Génial, comme disent les lycéens !
J’ai râlé deux nuits de suite, argüant que, peut-être, on pourrait désactiver cette machine infernale qui ne se contentait pas de me réveiller : surtout, elle m’empêchait de me rendormir. Tout le monde s’est montré compréhensif, mais... impossible de faire taire le bip. Je connais très bien l’argument qu’on vous sort dans ces cas-là : vous êtes le premier qui se plaint, ça fait des années que c’est comme ça, essayez d’écrire à la direction, et patati et patata. Ouais, je vois ça d’ici : le directeur général lira ma lettre dans un mois ou deux, il transmettra au conseil d’administration, qui, lors de la prochaine assemblée générale, soumettra la question au vote, et si, après délibération, une majorité se dessine estimant la plainte justifiée, on la transmettra à une commission qui fera étudier par des experts la solution à y apporter, avant de choisir une boîte technique capable de désactiver un simple bip, par exemple en coupant un fil électrique. Ce qui ne devrait prendre que trois ou quatre ans.
Tout le génie français est là. Aux États-Unis, lorsque vous avez à vous plaindre de quelque chose, vous demandez à être reçu par le PDG, il vous reçoit, vous écoute, nomme immédiatement un responsable, avec instruction de résoudre le problème séance tenante, et tout est réglé dans la journée. Quels ploucs, ces Yankees !
Dans mon prochain article, je vous parlerai de la curieuse conception des repas servis aux pensionnaires.