Conseils aux infirmières
Je suis persuadé que, dans les écoles d’infirmiers (très minoritaires) et d’infirmières, on enseigne aux élèves quelques petits trucs visant à pourrir la vie de leurs futurs patients. Par exemple :
- réveiller le malade à six heures moins vingt, pour lui demander s’il a bien dormi. Très bien, et j’aurais pu continuer, belle dame, si vous ne m’aviez pas tiré du sommeil pour me poser cette question que les ploucs qualifieraient sans doute d’« incontournable » ;
- demander au malade, jusqu’à trois fois par jour, s’il est « bien allé », euh... vous voyez où. Notez que, si la réponse est négative, on ne lui propose aucun remède, c’est seulement pour les statistiques, document que je brûlerais de lire. Je suppose que, si le malade accumule trop de mauvais points, on finit par le dégrader sur le front des troupes ;
- se précipiter, dès sept heures du matin, pour ouvrir les volets de la chambre, alors que l’occupant donnerait tout pour ne pas voir que, dehors, il pleut, et que le paysage est sinistre ;
- entrer à grand fracas dans la chambre et allumer le plafonnier, dont la lumière, qui tombe verticalement, est invariablement aveuglante. Excellente manière de se réveiller en douceur. Notez que la chambre dispose d’autres sources de lumière, plus douces, mais celles-là, on ne les utilise jamais ;
- parler aux malades avec une voix suraigüe, et n’employer que des termes puérils – pipi, caca, etc. –, comme si on avait affaire à des enfants de quatre ans.
À propos de la mise à jour des intestins dont je parlais plus haut, l’hôpital Cochin doit avoir sa propre philosophie, puisque, dans cet honorable établissement où je suis resté huit jours pleins (je n’ai pas dit « une semaine », mais « huit jours », sept plus un), je suis resté constipé tout au long de ce séjour de rêve. J’en ai parlé à des dizaines d’infirmiers, d’internes ou de médecins, sans jamais recevoir le moindre début de réponse. Ce doit être une question d’extraterritorialité.