Contre le suffrage universel publicitaire
Bonne chronique de Thomas Legrand, ce matin sur France Inter. Sa cible n’est pas originale, c’est l’élection du président de la République au suffrage universel.
J’ai toujours pensé que cette lubie de Charles De Gaulle, déjà président et qui tenait à le rester après la fin de son mandat, était une très mauvaise idée. Il savait bien que ce truc grossier – approuvé par référendum selon son habitude –, lui assurait sa réélection, compte tenu de son immense popularité. C’était donc le meilleur moyen d’éliminer ses adversaires – même s’il a connu l’humiliation relative mais sans risques du ballotage en 1965. Le résultat le plus clair a été de transformer la campagne électorale, qui du reste n’avait pas lieu précédemment, en campagne de publicité vulgaire. On en voit le résultat aujourd’hui : les candidats se glissent des peaux de banane sous les pieds, s’injurient par tracts et papillons anonymes (souvenez-vous des petits diamants collés sur les affiches de Giscard par les troupes gaullistes et surtout chiraquiennes sous le commandement de Pasqua), ne prennent seulement plus la peine de rester dans les généralités puisqu’ils s’insultent nommément – Sarkozy raille Juppé, Copé et Fillon donnent le nom de Sarkozy, et ainsi de suite –, dépensent des sommes folles dans des meetings relevant du cirque, et mentent sans arrêt, avançant des promesses impossibles à tenir, et ils le savent, ce qui prouve bien que les électeurs sont tenus pour des imbéciles.
Tant décriée, la Quatrième République était mille fois plus saine. C’était le paradis des compromis, mais on ne pouvait pas rouler très longtemps les citoyens, et le président, choisi parmi les députés, était déjà un élu.