Concerto de Varsovie
La première fois qu’à quinze ou seize ans je me suis intéressé à une musique de cinéma, c’était pour un film... que je n’avais jamais vu (et que je n’ai pas encore vu, mais je l’ai commandé sur Amazon, sans sous-titres parce que cela n’existe pas, néanmoins j’ai déjà téléchargé les sous-titres anglais, et je les traduirai). Il s’agit d’un film sur la Deuxième guerre mondiale, Dangerous moonlight, également intitulé Suicide squadron, sorti en Angleterre le 26 juin 1941, et jamais en France, dont le personnage principal est un aviateur-pianiste-compositeur polonais nommé Stefan Radetzky – un nom très honoré en Autriche, où la Marche de Radetzky, composée par Johann Strauss père, est quasiment un hymne national. Ce musicien s’était engagé dans l’Aviation britannique pour lutter contre les nazis qui avait envahi son pays. Cet homme est incarné par le grand acteur Anton Walbrook, qui était autrichien mais a fait une belle carrière en Angleterre (et aussi un peu en France, puisqu’il jouait dans Lola Montès, produit à Paris et tourné partiellement au Cirque d’Hiver, avec Martine Carol dans le rôle titre).
Mais pourquoi la musique ? Parce que le Radetzky du film jouait un morceau qu’il avait composé, le Concerto de Varsovie, œuvre de piano magnifique, de neuf minutes, dans le style de Rachmaninoff. On rapporte que le réalisateur Brian Desmond Hurst, lui-même d’origine irlandaise, aurait voulu que Sergueï Rachmaninoff en personne compose de la musique pour son film, mais que cela n’avait pas pu se faire, et ce fut Richard Addinsell qui s’en chargea et s’en tira admirablement. C’est lui qui, en 1957, composera la musique du seul film tourné par Marilyn Monroe hors des États-Unis, Le prince et la danseuse, mis en scène par Laurence Olivier et... notoirement raté.
Si vous ne connaissez pas le Concerto de Varsovie, voyez cette vidéo de 2013, une très belle interprétation (malgré les dandinements absurdes de la pianiste), d’autant plus belle que l’enregistrement a eu lieu à l’Albert Hall de Londres, la plus belle salle de concert au monde (Hitchcock y a tourné les deux versions de son film L’homme qui en savait trop, en 1934 et en 1956), plus belle encore que l’Opéra de Vienne.
À ce propos, saviez-vous que, sacrilège !, on produit aujourd’hui des matches de tennis à l’Albert Hall ? Un peu comme, à Paris, le Palais Omnisport de Bercy – qu’on a rebaptisé du nom d’une chaîne d’hôtels qui a payé pour ça, mais je ne veux pas en entendre parler –, prévu pour être un stade, donne plus souvent des concerts ? Queen s’y est produit en 1984.