Quand apprendre à lire ?
La semaine dernière, dans je ne sais plus quelle émission de radio, j’ai entendu le passeur de plats demander à une dame qu’il avait invitée quel était son plus ancien souvenir. La dame répondit que c’est la voix de sa mère, à l’école maternelle. Je n’ai pas retenu en quoi cette mère était associée à une école maternelle (elle était peut-être institutrice), mais je me suis fait la réflexion que cela n’aurait jamais pu m’arriver, car je n’ai jamais fréquenté aucune école maternelle.
Quoique si, pendant une semaine. Ma mère avait dû faire un séjour d’une semaine à l’hôpital afin de mettre mon frère au monde, et mon père, avec son travail, ne pouvant s’occuper d’un enfant de cinq ans, avait choisi de me confier pour quelques jours à l’école primaire des religieuses de Saint-Vincent-de-Paul. Il lui suffisait de m’y déposer le matin et de me récupérer le soir. Je ne sais à quoi j’ai bien pu m’occuper durant cette semaine, mais ce court séjour m’a donné l’occasion de vérifier que, si on ne sait pas lire, on ne peut que s’ennuyer (surtout chez les sœurs).
Si bien que, de retour à la maison, je conçus le projet d’apprendre à lire, et fissa ! De sorte que, deux mois plus tard, et prenant prétexte que je voulais pouvoir lire dans le journal les résultats du Tour de France, je tarabustai mon père afin qu’il me donne quelques rudiments de lecture. Or vous savez combien les enfants sont tyranniques. Plutôt que de chercher un prétexte idoine pour repousser la corvée, mon géniteur consentit à me montrer l’alphabet et la manière d’arranger les lettres, puis m’abandonna à mon sort, et cela me suffisait bien. Les occasions de lire ne manquaient pas : il y avait le magazine féminin de ma mère, le magazine ultra-masculin de mon père, plus le journal quotidien « La Dépêche », plus les bandes dessinée que me prêtaient mes voisins. Si bien que, moins de trois mois plus tard, je pus entrer la tête haute au cours préparatoire : à cinq ans et cinq mois, je savais lire. Je réclamai alors d’être abonné à deux journaux pour enfants, et passait le reste de mon existence à lire tout ce qui me tombait sous la main. Cela dure encore.
J’ai toujours estimé bizarre qu’on n’apprenne pas la lecture aux enfants avant l’âge (officiel) de six ans. Il y a quelques années, un de mes amis est devenu père d’un fils né comme moi fin avril, et je me suis étonné qu’à la rentrée suivante, il ne l’inscrive pas à l’école. Le gosse, pas plus bête qu’un autre, a dû attendre l’âge de six ans et demi avant d’y goûter.
On a condamné certains parents aux galères, et pour moins que ça !