Un film raté de Truffaut
Hier, j’ai voulu revoir un film de François Truffaut que je n’avais pas beaucoup apprécié, Fahrenheit 451, datant de 1966. Après tout, je ne suis pas infaillible, je peux me tromper sur la valeur d’un film.
Truffaut avait tenu à porter au cinéma un roman de Ray Bradbury, surtout après avoir rencontré l’auteur aux États-Unis. Or ce livre relevait de l’anticipation, genre que Truffaut connaissait mal et qu’il n’avait jamais abordé. La préparation dura des années, on changea plusieurs fois de scénariste et de vedette (Belmondo, puis Aznavour furent envisagés, mais ils n’étaient pas libres, et il fallut se rabattre sur Oskar Werner, que Truffaut avait déjà employé pour son Jules et Jim, et qui se révéla capricieux et traîna beaucoup les pieds pour faire modifier son personnnage). Autre obstacle, le producteur imposa le tournage en Angleterre, avec des acteurs anglophones, or Truffaut ne parlait pas cette langue, et il fallut réécrire le scénario, finalement rédigé par Jean-Louis Richard, le premier mari de Jeanne Moreau. Deux anglophones, Helen Scott et David Rudkin, réécrivirent les dialogues en français et en anglais – or Helen Scott, qui traduisait rapidement d’une langue à l’autre, avait des faiblesses en français (je la connais, c’est elle qui servit d’interprète entre Truffaut et Hitchcock lors des interviews-fleuves qui devait servir à la rédaction du célèbre livre Le cinéma selon Hitchcock), et elle traduisait systématiquement audience par... « audience », alors que ce mot signifie en réalité « public » ! Ce doit être à elle qu’il faut attribuer une réplique d’un personnage demandant « Est-ce que tu te rappelles DE ça ? » ! Truffaut, qui était un litttéraire, n’aurait jamais commis une faute pareille.
Finalement, on tourna à Londres, aux studios Pinewood. Mais certains plans furent réalisés en France, dans le Loiret, à Châteauneuf-sur-Loire, afin de pouvoir caser dans le récit un mode de transport original et futuriste, le Monorail, qui avait été testé puis abandonné par le gouvernement français. Mais le scénario resta ce qu’il était, médiocre et parfois ridicule, comme la longue séquence de fin, où errent dans les bois des citoyens réfugiés dans la clandestinité, qui chacun ont appris par cœur leur livre préféré pour empêcher que les grandes œuvres littéraires tombent dans l’oubli – puisque le moteur du film réside dans l’existence d’une société oppressive qui a interdit les livres et les brûle quand elle en trouve.
À noter que même la musique est médiocre : Bernard Herrmann, qui a travaillé pour les plus célèbres réalisateurs, d’Orson Welles à, Scorsese en passant par Hitchcock, est peu inspiré, si bien qu’il déçoit. Autre détail, Mark Lester, qui avait débuté dans un film rançais, Allez France, de Robert Dhéry, joue ici, dans deux courtes scènes, un jeune écolier. Deux ans plus tard, il connaîtra la gloire avec Oliver!, avant de devenir le meilleur ami de Michael Jackson et de revendiquer la paternité d’un enfant du chanteur !
Enfin, le film n’a pas de générique écrit, afin de se conformer à l’esprit du thème : l’interdiction des textes écrits. Il est donc lu au début par une voix féminine, qui ne donne que les détails principaux. Les génériques d’aujourd’hui durent entre six et neuf minutes et nécessitent une chanson composée pour la circonstance !