La « vraie » Miss Marple ?!
J’ai visionné aujourd’hui une vidéo qui avait été diffusée sur Arte le 23 septembre. Le titre était alléchant pour ceux qui ne savaient rien de la question, et scandaleux pour les autres, dont moi-même. Cela s’intitulait La vraie Miss Marple - Margaret Rutherford.
Des quatre films britanniques dans lesquels Margaret Rutherford a interprété le célèbre personnage créé par Agatha Christie, j’en ai vu deux, 4.50 from Paddington (en français, Le train de 16h50) qui datait de 1963, et Murder at the gallop (en français, Meurtre au galop), qui datait de la même année, tous ces films lui ayant rapporté un cachet de 16 000 livres sterling. Or ils ont fait un triomphe en Angleterre, donnant ainsi à croire que les Anglais ne connaissent pas Agatha Christie !
Or Miss Marple, dans les romans, est une charmante dame âgée, qui résout des énigmes criminelles en ne quittant jamais son salon et en écoutant les potins que lui ramènent ses voisins, tout en buvant du thé. Rien à voir avec Hercule Poirot, par conséquent. Mais Margaret Rutherford joue le rôle à la façon d’un véritable dragon – elle détestait qu’on la compare à cet animal mythique, quoique... on aurait du mal à trouver mieux – bousculant tout le monde, escaladant des obstacles, et tirant au pistolet sur les gens qui cherchent à l’assassiner. On sait que lorsque Agatha Christie a vu l’un de ces films, elle a été horrifiée, même si elle a estimé que l’actrice au théâtre était bonne dans les rôles comiques (toutes deux ont été décorées par la reine et ont reçu le titre de Dame).
Margaret Rutherford a surtout joué sur scène, où elle a débuté en 1925, à l’âge de trente-trois ans, à l’Old Vic de Londres, et principalement dans des rôles prévus pour faire rire, ce à quoi elle n’aurait jamais pensé. En fait, sa vie a été fortement caractérisée par des drames, puisque son père, neuf ans avant sa naissance, avait assassiné son propre père, et que sa mère s’est suicidée par pendaison quand elle avait trois ans. Mais c’est pour un rôle fantaisiste, dans Hôtel International, qu’elle a reçu un Oscar en 1963. Cependant, en 1969, elle se mit à subir des troubles de la mémoire, et elle dut cesser de jouer, tant au cinéma où elle était prévue dans Song of Norway, qu’au théâtre.
Somme toute, une carrière honorable, entachée, à mon avis, par l’horreur de son interprétation de Miss Marple, personnage qui a connu d’autres interprètes bien meilleurs.