Une histoire d’eau (chaude)
Dans ma cuisine est installé un chauffe-eau (les gens de métier disent « chaudière murale », pour ne pas rompre avec cette habitude du jargon). Or, depuis un peu plus de deux ans, cette chaudière faisait un bruit infernal chaque fois que je l’utilisais pour avoir de l’eau chaude. Par deux fois, lors de la visite annuelle du technicien envoyé par le fabricant de chauffe-eau, je signalais la chose, mais, invariablement, je recevais la réponse suivante : il faudrait changer la pièce qui déraille, mais on ne la fabrique plus, et mieux vaudrait changer carrément de chauffe-eau. Ben voyons, la réponse était cousue de fil blanc, et je faisais celui qui n’a rien entendu de cette manifestation d’obsolescence programmée, si caractéristique de notre belle époque.
Il y a deux jours, mon chauffe-eau ne fournissait plus du tout d’eau chaude. Panne définitive ? J’ai aussitôt téléphoné au service compétent, qui m’a donné un rendez-vous pour un technicien non moins compétent, lequel s’est présenté chez moi ce matin à neuf heures. Entre temps, j’avais un peu tripoté tous les boutons et retrouvé ma chère eau chaude sans autre manipulation. Bref, mon technicien n’avait plus grand-chose à faire, et j’en ai profité pour lui parler de cette histoire de bruit infernal.
Je m’attendais à ce qu’il me ressorte le baratin habituel, sur l’air de « Passez la monnaie, et tant pis pour vos pieds ». Eh bien non, il a examiné le bidule, trouvé la cause de tout ce tintamarre et l’a réparé en moins de temps qu’il faudrait à un policier pour vous coller une amende de cent trente-cinq euros en raison de votre non-respect du masque.
Si bien que mon chauffe-eau a été remis dans un état normal, sans qu’il m’en coûte un seul centime.
La morale de cette histoire, c’est qu’il reste des gens honnêtes, qui ne cherchent pas à vous plumer pour plaire à leur patron, et font leur travail sans vous prendre pour un pigeon. Il y a des jours, très rares, où la vie vous semblerait presque normale.