Détestable Nina Simone
Depuis toujours, j’ai aimé Ella Fitzgerald, découverte avec Porgy and Bess, qu’elle chantait en duo avec Louis Armstrong (bien que ni l’un ni l’autre n’ait joué dans cet opéra de Gershwin). Mais depuis presque toujours, je déteste Nina Simone. Rien à voir avec sa voix, mais avec sa sécheresse de cœur.
En effet, en 1995, Nina Simone a blessé un garçon français de quinze ans, Julien, qui était allé passer un après-midi chez un copain dont les parents possédaient une villa avec piscine, à Bouc-Bel-Air, voisine de celle de la chanteuse. Les deux garçons, paraît-il, faisaient trop de bruit, et la dame voulait faire sa sieste. Vers sept heures du soir, excédée, elle a tiré au pistolet d’alarme 9 millimètres sur Julien, qui a été blessé aux jambes (il avait reçu onze éclats de grenaille).
Les gendarmes du coin ont arrêté la mère Simone, qui a été inculpée (on ne disait pas encore « mise en examen »). Elle est passée devant le juge dès le lendemain, et a dû remettre son passeport aux autorités.
Jugée quelques jours plus tard, elle a été condamnée à dix-huit mois de mise à l’épreuve, à l’obligation de se soigner, à l’interdiction de détention et de port d’arme, et à 20 000 francs de dommages et intérêts. Elle a échappé à la prison, uniquement parce que c’était une célébrité. La France n’était pas encore une république.