19 mars : cessez-le-feu... sélectif
Les sénateurs viennent de voter en faveur de cette mesure instituant le 19 mars comme « Journée nationale du souvenir pour les morts de la guerre d’Algérie » (alors que Chirac puis Sarkozy, qui s’y étaient opposés, avaient préféré le 5 décembre – au pifomètre, d’ailleurs). Souvenir ? Sélectif, alors !
Le 19 mars 1962 est la date à laquelle commence, en Algérie, le cessez-le-feu entre l’armée française et les insurgés algériens. En pratique, cela se traduit ainsi : l’armée française dépose les armes et NE DOIT PLUS intervenir nulle part, même pour défendre les gens qui seraient attaqués par les Algériens. Dans certains postes, les soldats français patrouillent désormais avec des fusils ou des pistolets-mitrailleurs sans munitions ; ailleurs, ils montent la garde, armés... de bâtons ! Leurs officiers, qui ont donné ces ordres, souvent parce qu’ils craignent qu’on vole les armes de leurs soldats sans possibilité de contrepartie, sont la risée de leurs hommes, et, naturellement, de la population qui méprise les Français dans leur ensemble pour ces signes de faiblesse. Naturellement, l’armée algérienne, elle, n’est soumise à aucune contrainte et s’en donne à cœur joie pour enlever et assassiner des Français d’Algérie, surtout dans la région d’Oran. Quant aux harkis... j’en parle plus loin.
Cette infamie se double d’une petite magouille sordide de la part du gouvernement français : il a organisé en catastrophe un référendum pour faire approuver par le peuple français ledit cessez-le-feu. Jamais on n’a fait si vite, puisque le vote aura lieu le 8 avril suivant, donc de trois semaines après. À cette occasion, et parce qu’on veut, en haut lieu, que ce référendum tienne lieu de plébiscite, on autorise à voter les soldats du contingent n’ayant pas encore atteint leur majorité, qui est à cette époque de vingt-et-un ans. Oui, mais on exclut de cette faveur leurs camarades français d’Algérie ! Belle interprétation du code électoral et de cette égalité qui figure dans la devise de la nation. Mais De Gaulle n’en est pas à son premier viol de la Constitution. Il est vrai que, l’ayant fait rédiger pour sa propre personne par Michel Debré, il s’estime en droit d’en faire ce qu’il veut, et ne s’en prive pas...
Et les harkis ? Ces Arabes algériens qui refusaient l’indépendance de l’Algérie s’étaient engagés volontairement dans l’armée française, et leurs officiers leur avaient promis leur protection. Mais, dès le cessez-le-feu, on les chasse de l’armée, et ils se retrouvent dans le civil, en butte à la population qui les considère comme des traîtres. On commence à les massacrer méthodiquement, et le gouvernement algérien, dès après l’Indépendance, encourage ces atrocités. On ne sait pas combien il y a eu de victimes, entre quarante mille et cent quarante mille : égorgés, mutilés, les yeux crevés, éventrés, écorchés vifs, la langue arrachée, arrosés de pétrole auquel on met le feu, etc. Pour ne rien arranger, De Gaulle a ordonné aux officiers français de NE PAS RAPATRIER en France leurs harkis avec le reste de l’armée, et envoie dans les ports et les gares français des gardes mobiles pour arrêter le flot de ceux qui doivent la vie à leurs officiers, indignés et qui avaient désobéi à cet ordre ignoble. Les harkis survivants sont parqués dans des camps. Beaucoup y sont encore.
Crétins de sénateurs !