Arnaque légale
L’une des plus belles arnaques utilisées par les artisans, et qui est un encouragement vigoureux en direction du travail au noir, c’est la tarification à l’heure entière. Traduction : qu’un artisan ait travaillé chez vous vingt minutes, ou cinq minutes, ou trente secondes (je n’exagère pas, vous allez voir), l’heure de travail commencée est considérée comme entière, et vous payez le maximum.
Ainsi, chez moi, un tube fluorescent dans ma cuisine ne s’allumait plus. Un tube neuf ne donnait rien non plus, donc la panne venait d’ailleurs. Je téléphone à une entreprise, l’Abbatiale du Bâtiment - Compagnons Franciliens, 9 rue Bertin-Poirée, 75001 Paris. On m’envoie un ouvrier-artisan, qui détecte la panne au premier coup d’œil : un « starter » défectueux (il s’agit d’une petite pièce chargée de donner une étincelle qui allumera le gaz rare contenu dans le tube). Changement de la pièce : moins de vingt secondes. Et tout fonctionne à merveille. Certes, j’aurais été capable de le faire moi-même... mais la pièce n’est pas dans le commerce ! Une forme de protectionnisme, et il n’y a pas que Monsanto et ses semences obligatoires et utilisables une seule fois...
Passage à la douloureuse. L’ouvrier, embarrassé, téléphone à son patron pour savoir ce qu’il doit me faire payer pour ce travail harassant. Réponse du patron : les vingt secondes comptent pour une heure. Prix : cent euros ! (La pièce fournie est si bon marché que l’ouvrier n’en parle même pas et m’en laisse une deuxième, « en cas »).
J’ai raté ma vocation, j’aurais dû me faire artisan-patron. Et pour la prochaine fois, on s’assiéra sur la règlementation ; au lieu de faire un chèque, je proposerai à l’ouvrier un paiement en espèces, par exemple un billet de dix ou vingt euros, dont le patron ne saura rien.
Et naturellement, je choisirai une autre entreprise.