« Assez extraordinaire »
J’entends souvent des blaireaux de radio-télés dire, de n’importe quoi, que c’est « assez extraordinaire ». Et je trouve cela assez extraodinaire !
Est extraordinaire ce qui sort de l’ordinaire, évidemment ; qui est, au moins, singulier, rare, peu commun, parfois étrange ou bizarre. En poussant les choses à l’extrême, ce qui se fait contre l’ordinaire. Dans tous les cas, il y a dans cette notion une nuance qui exprime un superlatif.
Or le mot assez fait exactement le contraire : il minimise l’importance de ce dont on parle. Si vous êtes bon en sport, tant mieux pour vous, mais si vous êtes assez bon, on n’est pas près de vous voir aux Jeux Olympiques.
Il s’ensuit qu’une chose assez extraordinaire possède autant d’existence que la sincérité de Jean-François Copé, l’esprit de Jean-Marie Bigard ou l’honnêteté de Bernard Tapie.
Je vois, dans la fabrication de cette expression, cette déformation moderne de la pensée, qui pousse les gens, soit à exagérer le sens des mots (un cheeseburger génial), soit à les atténuer sans raison (cette fille sort avec tel garçon).