Ayrault prononcé comme « pénis » ?
Complètement absurde, cette histoire du nom du Premier ministre qui « choquerait les Arabes », parce que, phonétiquement, il se rapprocherait de la traduction (familière) du mot pénis. D’abord, parce qu’il faut mal connaître l’esprit arabe pour s’imaginer qu’une idiotie pareille choquerait qui que ce soit en pays arabe. Au mieux, elle ferait rigoler.
Et puis, il faut aussi ne rien connaître à la langue arabe ! Examinons cette grave question.
Ayrault, phonétiquement, est l’équivalent de éro. En arabe, le son é n’existe pas, on le remplace par le son i, qui a deux transcriptions : soit le i long, qui s’écrit dans tous les cas, soit le i court, qui ne s’écrit qu’en arabe classique mais qui peut être omis en arabe dialectal et n’apparaît alors (facultativement, donc) que comme un simple accent placé sur la consonne qui le précède dans la syllabe. Quant au son o, qui n’existe pas non plus dans l’absolu, c’est moins strict, on le remplace par le son ou, qui, tout comme le i, a deux transcriptions.
Par conséquent, en arabe, Ayrault devient irou, qui peut s’écrire de plusieurs façons, la plus facile à transcrire avec les caractères sur ordinateur étant ﭕﺮﻮ. Mais, surtout, en aucun cas on n’entendra « aïro », car il n’y a aucun a là-dedans ! Donc la blague fait un flop. Mais tous les journalistes ont marché. En outre, ce mot se dit en arabe qadîb ! Nous voilà loin de aïro...
Pas de quoi s’étonner, en dehors de deux ou trois mots d’anglais, les journalistes français se distinguent par leur remarquable ignorance des langues étrangères. Même la langue la plus facile du monde à prononcer, le japonais (j’y reviendrai peut-être), ils n’y parviennent pas.