Cinéma : avance sur recettes
Le Centre National du Cinéma abrite en son sein une commission dite « d’avance sur recettes », qui permet à tous les ministres de la Culture de se vanter d’une exception culturelle française qui existe surtout dans leur imagination.
Cette commission a été créée en juin 1959 par André Malraux, alors ministre de la Culture dans le gouvernement Debré – sous De Gaulle, par conséquent. De Gaulle l’avait placé à ce poste parce qu’il s’était laissé fasciner par le seul écrivain français qui fut à la fois mondialement célèbre... et gaulliste ! Le but de cette commission est de favoriser le renouvellement de la création, en encourageant la réalisation des premiers films, et de soutenir le cinéma indépendant, dit « cinéma d’auteur », qui aurait besoin, selon la thèse officielle, d’une aide publique pour trouver son équilibre financier.
La commission est composée de trois collèges, composés de « personnalités reconnues de la profession », ce qui autorise toutes les formes de copinage, comme on le devine. Les deux premiers collèges statuent sur l’avance avant réalisation, et le troisième, sur les films terminés : on vérifie qu’ils ont « mérité » leur avance... mais on leur demande rarement de rembourser l’argent avancé, car, généralement, le film a fait un bide.
Le premier collège comprend le président, un vice-président et sept membres, et il examine les demandes d’avances avant réalisation présentées pour les premiers films ; le deuxième collège comprend le président, un vice-président et sept membres, et il examine les demandes d’avances avant réalisation présentées pour les œuvres de réalisateurs ayant déjà réalisé au moins un film de long métrage ; le troisième collège comprend le président, un vice-président et onze membres, et il examine après réalisation les demandes d’avances.
(Je signale que Jérémie Elkaïm, petit acteur qui jouait dans La guerre est déclarée, film de son ex-femme, et qu’on peut admirer tout nu, en compagnie de Stéphane Rideau, à gauche sur une photo prise par le tandem Pierre et Gilles, fait partie du deuxième collège. Virginie Despentes, qui a réalisé le film porno Baise-moi, est suppléante)
Les membres des collèges reçoivent environ 650 demandes par an. Les films présentés doivent avoir une version originale majoritairement en langue française, nécessaire pour l’obtention de la qualification d’« expression originale française », délivrée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. L’avance sur recettes était décidée, après avis de la commission, par la présidente du CNC, Véronique Cayla jusqu’au 31 décembre 2010, devenue ensuite présidente du directoire d’Arte France, et à laquelle a succédé Éric Garandeau. Les avances peuvent être demandées, soit directement par les auteurs du scénario ou par les réalisateurs des films en projets (à condition qu’ils aient la nationalité française ou celle d’un État membre de l’Union Europénenne, ou qu’ils soient résidents étrangers) ; soit par les sociétés de production de films de long métrage.
La commission d’avances sur recette, symbole de la fameuse et illusoire exception culturelle française, distribue chaque année deux millions d’euros, répartis sur une soixantaine de films. Selon le CNC, un peu plus de deux mille œuvres ont pu être réalisées grâce à cette subvention. Inutile de dire que, grâce à ce système, le piston marche à mort ! Vous ai-je déjà cité ici le cas de cet apprenti réalisateur, dont le premier film a fait un bide effroyable, et dont la mère travaillait au CNC, et le père, à Canal Plus ?