Éducation nationale : comment noter ?
Le personnel enseignant a manifesté sur la voie publique son hostilité au projet gouvernemental de réformer la manière de noter instituteurs et professeurs. Et on ne peut qu’approuver cette hostilité.
Actuellement, cette notation a lieu de deux façons : il y a la note pédagogique et la note administrative.
La note pédagogique est attribuée par un inspecteur. Il visite les classes durant les cours et contrôle le travail de l’inspecté. Ses passages sont rares : tous les deux ans au début de la carrière d’un instituteur, mais cela tend vers les cinq ans à la fin de la carrière. Attendu qu’il voit rarement ces personnels, il n’existe guère d’occasions de friction, et cette façon d’apprécier le travail du personnel enseignant n’est que peu contestée. La note conditionne la carrière : plus votre note est bonne, plus vite vous grimpez dans l’échelle ; les instituteurs ont, par exemple, onze échelons, et le dernier peut être atteint assez vite. Après cela, on a son bâton de maréchal et il n’y a plus d’augmentation de salaire possible.
La note administrative est attribuée chaque année par le chef d’établissement : directeur d’école, principal de collège ou proviseur de lycée. Elle a peu d’importance, aucune sur le cours de la carrière, sauf en cas d’incident : si, à la direction du personnel, quelqu’un prend au sérieux une mauvaise note, on peut refuser à la victime une promotion pourtant méritée, et je connais un professeur de collège qui s’était vu refuser son accession à la hors-classe pour cause de mauvaises relations avec son chef d’établissement. Sans l’intervention de son syndicat, sa retraite aurait été amputée de… 22 % ! Or, les mauvaises relations entre chef d’établissement et personnel enseignant, qui se rencontrent tous les jours, ne sont pas rares. De plus, il est absurde de confier cette responsabilité à une personne qui n’a aucune compétence en pédagogie, ne visite jamais les classes pendant les cours et doit assurer de tout autres fonctions : gestion administrative, relations avec les commerçants, la mairie, la police, les parents, le personnel d’entretien et de surveillance, etc. On ne peut pas tout faire et le faire bien.