Ellroy
De temps en temps, parce que j’aime rire et que passer pour un menteur quand on dit la vérité est un plaisir de gourmet, je mentionne d’un air détaché que James Ellroy est le seul Yankee auquel j’ai jamais serré la main. En fait, je dis cela surtout pour souligner que c’est un cas exceptionnel, et que jamais je n’accepterais de copiner avec un citoyen de ce pays que je méprise.
On entend beaucoup parler d’Ellroy, en ce moment, et il était ce matin sur France Inter, histoire de faire un peu de pub à son dernier livre. J’admets qu’Ellroy est un bon auteur de romans, mais je ne crois pas qu’il soit le meilleur. En me cantonnant à la langue anglaise, je trouve que le Néo-Zélandais Paul Cleave et surtout le Britannique Roger Jon Ellory le dépassent, et de beaucoup.
Mais surtout, je n’aime pas la personnalité d’Ellroy, qui pense sincèrement que les États-Unis (lui dit « l’Amérique », comme si c’était la même chose) sont ce qu’il y a de mieux au monde, au point que les autres pays sont tout à faits négligeables. Un indice : il est venu vingt-cinq fois en France, et n’a jamais appris un seul mot de français...
Et puis, affreux réac, il a commis en 1986 un roman, Silent terror (en français, Un tueur sur la route), livre qui a mal vieilli, et dans lequel le tueur en série Martin Michael Plunkett, qui est aussi le narrateur, est un homosexuel refoulé – or Ellroy déteste en bloc les homosexuels, les Noirs, les athées, les hippies quand ils existaient, et tout ce qui ne relève pas de la catégorie du bon citoyen blanc et de droite.
Ellroy radote et se complaît dans le passé, au contraire de ses confrères romanciers, qui décrivent tous l’époque actuelle et ses horreurs. Ainsi, son presque homonyme Ellory situe tous ses romans aux États-Unis, et ne craint pas de s’en prendre très violemment aux atrocités commises par la CIA au Panama, par exemple. Et il parle très bien le français, soit dit en passant. Sur ses onze livres, cinq ont été publiés en France, et je les conseille tous.
Enfin, Ellroy, qui se dit chrétien, m’agace par son attachement à cette religion absurde, qui prétend s’appuyer sur des textes « sacrés » que son clergé ignore ou dissimule, pour conserver son pouvoir. C’est aux États-Unis qu’on rencontre le plus grand nombre de créationnistes, ces contempteurs de Darwin qui croient dur comme fer aux inepties de la Création telle que la décrit la Genèse – livre qu’on ne peut lire sans se tordre de rire (voir l’histoire de la lumière qui existait AVANT que le Soleil, la Lune et les étoiles soient créées !). Tout l’Univers aurait donc été créé en six jours, le 23 octobre 4004 avant notre ère. Le matin, ou l’après-midi ?
Je me méfie de ces gens qui excusent tout par le talent. C’est au nom de son prétendu talent qu’une armée d’imbéciles ont passé l’éponge sur le viol avec sodomie, par Polanski, d’une gamine de treize ans qu¦il avait préalablement droguée.