Éloge du tréma
D’un homme qui pontifie, non sans talent du reste, chaque matin dans la tranche horaire la plus recherchée de la radio la plus écoutée de France, on s’attendrait qu’il pratique sans faute sa langue maternelle. Et pourtant, ce matin et par deux fois, Thomas Legrand, dans son billet de huit heures moins le quart, a utilisé le mot gageure en le faisant rimer avec beurre – alors que ce mot doit se prononcer « gajure ».
C’est d’autant moins pardonnable que, par deux fois aussi, Legrand s’est référé à la chanson de Georges Brassens, Le blason, en citant le mot injure, où il figure au troisième vers du sixième quatrain, et donc rime avec gageure, deux lignes plus haut. Ça ne lui a pas mis la puce à l’oreille ?
Tout ça, c’est dû au fait qu’on n’a pas appliqué la réforme de l’orthographe que l’Académie française a proposée en 1990, avec son article suggérant l’emploi du tréma sur la voyelle U chaque fois qu’elle doit s’entendre séparément de la voyelle qui la suit. En effet, le E à la suite du second G n’est là que pour adoucir ledit G – contrairement au premier qui reste dur –, et donc incite à croire qu’il fusionne avec le U. Si l’on se décidait à écrire « gageüre « plutôt que « gageure », cela sans doute attirerait l’attention, et nous éviterait de faire la faute.