Galère et prise en otage
Cruel et malveillant comme je suis, je mets dans le même sac les apprentis reporters qu’on envoie vers le populo pour y faire ce summum de l’information qu’on appelle « micro-trottoir », et ceux qui sont assez narcissiques pour bavasser dans le micro qu’on leur tend. Mais reconnaissons que, si les seconds ne sortent pas les propos attendus, les premiers ne manquent jamais de leur souffler ce qu’ils DOIVENT dire.
Vous ne voyez pas où je veux en venir ? C’est très simple. En ce moment, il y a une grève à la SNCF : les trains ne démarrent pas, ou ils n’arrivent plus. Dès lors, les mécontents restent en carafe, c’est-à-dire sur les quais de la gare, et des armées de pseudo-journalistes se répandent sur les lieux pour leur faire bafouiller ce qu’ils en pensent.
Certes, on se doute bien que très peu sautent de joie, mais rétorquer qu’on n’est pas très content n’est pas assez parlant. On les incite donc à utiliser le très inattendu vocabulaire qui a cours en pareille situation. Ce n’est pas difficile, puisque tout se résume à DEUX expressions :
- 1. dire que c’est « la galère » ;
- 2. se plaindre que les citoyens sont « pris en otage ».
Et cela dure depuis le commencement des temps.
Bande de nazes ! Vous savez ce que c’était, les galères ? De pauvres types enchaînés à leur banc – qu’ils ne quittaient jamais –, mal nourris, contraints de ramer à longueur de journée, sous une avalanche de coups de fouet. Rater son train, c’est vraiment la même chose ? Vous y risquez votre peau ? Chochottes, va !