Honneur aux quatrièmes !
Aux Jeux Olympiques, on ne récompense par une médaille que les trois premiers d’une compétition : or, argent, bronze. Et le podium sur lequel montent les gagnants n’a que trois marches. Il s’ensuit qu’arriver quatrième est une malédiction, personne ne s’intéresse à vous !
Dans son livre Halte aux Jeux !, publié il y a dix ans et qui est devenu introuvable (il reste UN exemplaire chez un commerçant, qui le vend 32 euros alors qu’il coûtait 10 euros à sa parution et que je l’ai eu en solde chez Gibert pour 6 euros – et Amazon propose quelques exemplaires d’occasion, dont un à... 59,99 euros, plus une édition numérique à 4,49 euros, mais pour sa liseuse Kindle exclusivement), dans ce livre, donc, Albert Jacquard s’intéresse aussi à cette question que personne d’autre, à ma connaissance, n’a évoquée. Pas étonnant de la part de cet emmerdeur, qui ne faisait rien comme tout le monde. Et je signale aux habituels grincheux que là, c’est de l’humour.
Bref, dans un court chapitre intitulé Les larmes des quatrièmes, Jacquard rappelle avec pertinence qu’on les regarde et qu’ils se comportent « comme s’ils étaient des vaincus, alors qu’ils viennent le plus souvent de réaliser une performance magnifique ». Il précise que, parfois, ils ont « dépassé leur record personnel », or cela compte pour RIEN ! Les caméras, les appareils photographiques ne s’intéressent pas à eux, ils sont ravalés dans une sous-catégorie qui est celle des perdants.
Ce gâchis et cette injustice sont le résultat d’une obsession, celle de la sélection, qui aujourd’hui ravage tout. On est très loin des Jeux Olympiques tels qu’ils ont été instaurés il y a presque trois millénaires par Iphitos, prince de l’Élide (un petit État grec), sur le conseil, dit-on de la Pythie de Delphes, afin de ménager une trève dans les conflits entre cités. Elle n’était pas bête, cette Pythie.