Hugo en faveur du piratage
Un lecteur avisé me communique l’adresse d’un site qui met à la disposition de ses visiteurs des textes que, sans cela, vous devriez acheter (vous avez remarqué ? Je viens d’écrire « que VOUS devriez acheter ». Oui, je sais moi aussi ouvrir un parapluie, comme ces rédacteurs de revues informatiques qui vous refilent des adresses de sites pirates, en prenant bien soin de vous avertir que c’est mal de pirater et que, si vous téléchargez un logiciel et qu’il vous plaît, il faudra le payer). Donc, c’est de l’encouragement au piratage !
Or les responsables de ce site joignent aux textes pour lesquels ils fournissent des liens de téléchargement une petite notice se référant à... Victor Hugo. Il s’avère que le cher Totor, qui pourtant fut député à partir de 1848, encourageait lui aussi le piratage, et aurait sans doute eu affaire à l’Hadopi s’il avait vécu aujourd’hui. Ce texte, le voici :
« Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient – le mot n’est pas trop vaste – au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous ».
Ce passage préconisant de « sacrifier » le droit de l’écrivain est extrait du discours prononcé en ouverture du Congrès littéraire international, en 1878, ce qui a dû produire une sacrée foire. À 76 ans, Hugo s’amusait encore à flanquer de fameux coups de pied dans la fourmilière : rappelons qu’il était académicien depuis 1841 !
Si la justice vous cherche noise, pensez à garder ce texte sur vous quand vous passerez devant le tribunal !