John Cage, un génie musical !
Enfin ! Enfin, je vais connaître la notoriété. Bientôt, vous pourrez regarder mes vidéos sur YouTube, et « Télérama » parlera de moi ! Voire « Libération », dans ses pages culturelles.
En effet, j’ai le projet de proposer à la salle Pleyel un concert de piano dont je serai le soliste unique. Certes, vous me direz que mes capacités pianistiques ne vont pas plus loin que l’exécution des premières mesures de Chopsticks ; à la rigueur, du début de la Deuxième Rapsodie hongroise de Liszt. Mais l’œuvre que j’ai choisi d’interpréter se prête fort bien à mon niveau musical. Il s’agit d’un morceau célébrissime de John Cage, composé en 1952, intiulé « 4’ 33" ». Ce titre désigne la durée de l’œuvre (mal formulé, puisque les signes désignent des minutes et secondes d’angles), qui compte trois mouvements, de durées respectives 33 secondes, 2 minutes et 40 secondes, et 1 minute et 20 secondes. La particularité de ces trois mouvements : ne compter QUE des silences !
Il s’est trouvé un pianiste renommé, David Tudor, pour « interpréter » ce chef d’œuvre à Woodstock, dans l’État de New York, le 29 août 1952 : voir ICI la vidéo, où il commente les intentions du compositeur : « I have nothing to say, and I say it ». On le voit s’installer devant un piano de concert, et refermer le couvercle pour marquer le début du premier mouvement, puis le rouvrir pour en marquer la fin. Logique.
Mais, me direz-vous, comment le pianiste savait-il que la durée était écoulée, chaque fois ? Très simple : il avait posé devant lui un chronomètre ! On espère que le rythme et l’intensité sonore du morceau ne l’ont pas épuisé.
Je vous conseille de visionner aussi la « version » à l’accordéon, jouée par… deux naturistes. Si-si, c’est LÀ. Mais il existe 79 900 vidéos sur le même sujet. Tâchez de n’en manquer aucune !
Pour ma part, j’espère que le piano de la salle Pleyel sera bien accordé. Je ne voudrais pas trahir la pensée de John Cage.