Le roi du Maroc découvre la démocratie
Il nous la baille belle, Mohammed VI, roi du Maroc. Le voilà qui, s’adressant à son « cher peuple », selon la formule consacrée, lui promet monts et merveilles. Par exemple, une pincée de démocratie, en choisissant à l’avenir son Premier ministre dans le parti qui aura gagné les élections. Et comme les élections, au Maroc, ne sont JAMAIS truquées...
En fait, M6 pourrait commencer par travailler un peu. Vous me direz que ce serait traumatisant, vu qu’il n’a pas l’habitude. Passant le plus clair de son temps à faire, soit du tourisme à l’étranger, soit du jetski dans l’océan, il a gagné, auprès des connaisseurs, le surnom de « Sa Majetski », et ça le fait rager. Mais de quoi se plaignent-ils, ces ploucs ? Ils ont un roi sportif, et ils ne sont pas contents ? Pourtant, le jetski ne coûte pas cher ! Le père, lui, Hassan II, préférait le golf, et les gens qui ont de la mémoire se souviennent qu’en 1970, la veille de la tuerie de Skhirat organisée par des généraux qui en avaient marre de la corruption ambiante, on avait... coupé l’eau dans toute la ville de Rabat, la capitale, afin de pouvoir arroser le golf de Skhirat, à l’intérieur de l’enceinte du palais de Sa Majesté. Il est vrai que le 10 juillet, il fait chaud, là-bas... Demandez à Jean Daniel, le patriarche du « Nouvel Observateur », je crois bien qu’il y était, en compagnie de toute la presse française, venue là pour fêter l’anniversaire du roi.
M6, lui, est capable de rester des mois sans réunir le Conseil des ministres. Quelle importance ? Traditionnellement, les ministres n’ont aucun pouvoir et font ce qu’on leur dit de faire. Ceux qui possèdent le pouvoir, au Maroc, ce sont les anciens camarades de classe du roi, au Collège Impérial, qui lui tiennent lieu de conseillers occultes. Le peuple, s’ils pouvaient le dissoudre... Quant à la démocratie annoncée (j’ai failli écrire « avancée »), on espère qu’à l’avenir, elle attendra moins de douze ans avant de libérer des gens comme Kaddour Terhzaz, gracié le 2 mars, condamné à une peine de cette durée, en 2008, pour avoir... écrit une lettre où il parlait de ses camarades « restés prisonniers [du Front Polisario] vingt-cinq ans au Sahara occidental et traités en coupables à leur retour » – je cite « Le Canard enchaîné » de cette semaine. Je connaissais cette très vieille affaire, Hassan II en était le responsable, mais son fils, le prétendu « roi des pauvres », n’est pas très différent, finalement. Viveur, jouisseur, et flemmard, il a surtout le talent de se faire des amis utiles, comme Sarkozy, qui passe décidément beaucoup de temps au Maroc.