Le roman policier
Je lis assez souvent des romans policiers, surtout adaptés de l’anglais, et parfois de l’islandais (ceux d’Arnaldur Indriðason, un maître – la lettre bizarre entre le A et le I ne se prononce pas). Parfois, j’ai entendu des gens intelligents qui méprisaient le roman policier, le qualifiant de « genre mineur », mais c’est ridicule, car ce genre possède une qualité que la plupart des romans qui n’en relèvent pas pêchent sur un point : ils n’évoquent guère que des périodes révolues. Voyez plutôt les livres français qui viennent d’être primés ! La plupart nous parlent de la Deuxième guerre mondiale, ou de la guerre d’Espagne, mais on n’en trouve guère qui décrivent l’époque actuelle. Modiano, par exemple, a construit toute son œuvre sur la recherche du passé. Très bien, mais on peut avoir envie de lire autre chose !
Les romans policiers, auxquels il faut ajouter les romans d’espionnage comme ceux de John Le Carré, parlent de notre époque – comme l’ont fait naguère les romans des grands écrivains, Balzac, Maupassant, Hugo, et bien d’autres (et dites-moi un peu si Les Misérables n’est pas un roman policier !). Même Agatha Christie, qu’on a si longtemps méprisée parce qu’elle n’était certes pas de gauche, décrivait le monde bourgeois ou aristocratique du début du vingtième siècle, et sa lente disparition, un peu comme le feuilleton télévisé Downton Abbey.
Aujourd’hui, les auteurs, les français en tête, voient surtout le monde à l’aune de leur nombril, et c’est décourageant. En réalité, en France, les intellectuels n’apprécient que Simenon, ce raseur.