Les livres ne sont pas des gens sérieux

Publié le par Yves-André Samère

Flanant au rayon des livres de la FNAC, comme souvent, je fais ma traditionnelle récolte de bourdes. Ainsi, je n’ai pas été surpris de trouver une poignée de livres sur la rafle du Vel’ d’Hiv’ : pas étonnant, le moment est propice ! Dans une semaine, et connaissant la mémoire de goldfish de nos chers compatriotes, tout le monde aura oublié ce que c’était. J’ai jeté un coup d’œil sur les quatrièmes de couverture de tous ces livres, et, chaque fois, on y lit que l’opération avait été baptisée « Vent printanier ». Franchement il y a doute. D’abord, parce qu’on voit mal comment un tel évènement, organisé à la mi-juillet, un mois après le début de l’été, pouvait être qualifié de « printanier » ! Et surtout, parce que cette appellation est fortement mise en doute par les historiens sérieux (il y en a). Mais c’est comme tout : un plaisantin ou un type mal renseigné lance un bobard, et tout le monde le reprend comme parole d’évangile – les évangiles eux-mêmes étant salement farcis de bobards.

Un peu plus loin, une brassée de livres sur Elisabeth II, peu critiques il faut l’avouer. L’un d’eux s’intitule Majesté !, et l’auteur serait le fils ou le petit-fils d’un proche de la reine. Voilà donc un quidam qui grenouille dans les milieux aristocratiques britanniques, et qui semble ignorer qu’en aucun cas on n’appelle la reine « Majesté ». En tout cas, on ne devrait pas... La majesté est une qualité attachée à la fonction royale, ce n’est pas la personne elle-même. Si vous rencontriez Lilibeth, il faudrait lui dire « Madame ». À son père, vous auriez dit « Sire », et rien d’autre.

(Je rappelle que Sire est une autre forme de sieur, et a donné messire, tout comme sieur a donné monsieur. Les Espagnols, avec leur señor, et les Italiens avec leur signor, montrent davantage d’élégance, il y a du seigneur là-dedans)

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