Maman, j’ai peur du chien-chien !

Publié le par Yves-André Samère

Nous sommes en campagne électorale, cela ne vous a pas échappé, fins lecteurs-électeurs. Ipso facto, le CSA émet quelques petites restrictions à la liberté d’expression !

Or nous savons que la radio en général et France Inter en particulier sont peuplées de gens héroïques : rien n’effraie ces téméraires.

En foi de quoi, quasiment tous les jours, et chaque fois qu’un invité de sa lamentable émission fait mine de placer un mot de politique, cette pauvre Isabelle Giordano s’affole, et fait taire le trublion : « Attention ! On va se faire taper sur les doigts par le CSA ! ». Terrifiant. Et tant de courage, c’est bien émouvant.

À cela près que cette pauvre fille MENT. J’explique.

Lorsqu’une est émission est enregistrée, son producteur est responsable de tout ce qui peut y être dit. Étant donné que tout propos peut être effacé au montage, si un écart est commis par un animateur ou un invité, le producteur est censé le couper ; et s’il ne le fait pas, il est passible d’une amende, qui peut être assez lourde. D’ailleurs, au temps du Tribunal des Flagrants Délires, Pierre Desproges y avait fait allusion en se marrant : je dis une connerie, et le procureur colle une amende de trente mille francs à Claude Villers, avait-il dit. Le cher Claude Villers, son producteur, avait confirmé, en rigolant lui aussi. Or ceux-là n’avaient peur de rien, et l’ont prouvé. En outre, on ne les a jamais censurés. En revanche, si l’émission est en direct, son producteur n’a aucun moyen de prévoir ce qui peut y être dit, donc n’est pas tenu pour responsable, et c’est celui qui tient le propos litigieux qui peut – très éventuellement – être poursuivi. Mais cela n'est jamais arrivé, à ma connaissance !

Or l’émission dont je parle, Les affranchis, est en général diffusée en direct. Donc sa productrice-présentatrice ne risque absolument rien. S’il prend l’envie à un invité de dire au micro « J’emmerde le CSA », elle ne peut être sanctionnée. Au CSA de faire un procès à l’auteur du propos désagréable, s’il tient à passer pour une bande de pisse-froid. Mais elle, elle passera entre les gouttes.

On n’en admire que davantage le courage qu’elle montre. J’écrivais il n’y a pas si longtemps qu’entretenir la peur de tout chez tout le monde était une arme politique. Eh bien voilà, cette arme fonctionne à merveille.

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