Massacrons tous les (mots) étrangers !
Si j’étais rédacteur en chef chargé de l’information sur une grande radio (prenons un nom au hasard : France Inter), c’est sans pitié que j’interdirais d’antenne tout correspondant-journaliste-sic incapable de prononcer correctement les noms des pays où il réside, fût-ce provisoirement. En ce moment, c’est un poème, on a envoyé au Brésil une armada d’incapables, chargés de commenter je ne sais quelle coupe de football, et pas un, je dis bien PAS UN, n’a été fichu de prononcer comme il faut le nom de São Paulo, dont je rappelle qu’il se dit ne se dit pas « sa-o-polo », et pour lequel vous trouverez ICI une multitude d’exemples sonores. Ce matin, c’était un défilé de ces charlots, à commencer par Julie Piétri, mais elle n’est pas la seule. Résultat : la majorité des auditeurs qui entendent ces stupidités vont les reprendre à leur compte. Un grand pas en avant pour la culture. Attendu que toutes ces sommités du journalisme sont actuellement sur place, on doit en conclure qu’elles sont atteintes de surdité et n’ont JAMAIS entendu nommer ladite ville par ceux qui y vivent. On se paie la tête des touristes états-uniens en visite chez nous – voyez James Ellroy – et qui prononcent « tchinpe-ze-laille-ziz » ou « roue roquépaïne » (c’est dans Feydeau), mais balayons un peu devant notre porte.
Or cette carence est généralisée, dans la profession médiatique, et la langue brésilienne n’est pas la seule victime. L’arabe est particulièrement mal traité, et l’on ne compte plus les « mo-a-med » ou les « assane » dont on nous gratifie : c’est trop compliqué, de retenir que le H n’est pas une lettre muette, ou que la transcription GH est celle d’un R grasseyé ? Depuis quelques années, un maître iranien du cinéma collectionne les récompenses dans les festivals, et il a même tourné en français un film chez nous, à Paris et à Sevran, Le passé. Il s’appelle Asghar Farhadi, mais je n’ai jamais entendu son nom autrement que massacré (« asgarfaradi ») par des incultes. Le japonais, dont la prononciation est très facile – plus facile que la nôtre –, est aussi bafoué, et hormis Frédéric Charles, journaliste qui vit à Tôkyô depuis des décennies, et qui d’ailleurs est suisse, nul ne s’est avéré capable de prononcer correctement un mot aussi répandu que kamikaze (qui ne se dit pas « kamikaz », car il n’y a pas de E muet en japonais, mais « kamikazé »).
Français, encore un effort si vous voulez qu’on vous prenne au sérieux.