Mémoire et imagination chez Hortefeux
Épatante, la future loi Loppsi, elle encourage la créativité ! En revanche, elle cause par avance des dégâts à la mémoire.
Ainsi, l’immense Brice Hortefeux, ministre de la défense de nos libertés menacées par les Roms et les Auvergnats, a de nouveau défendu cette hypothèse que les vols de téléphones portables seraient enfin réglés avec la loi envisagée... alors que rien de tel n’est prévu dans le projet de loi, et qu’aucun des amendements présentés par le gouvernement ne s’y intéresse.
Il se trouve en effet que, selon la préfecture de Paris, les vols avec violence commis dans les transports en commun de la région parisienne auraient augmenté de 39,3 % par rapport à l’année 2009, et que cela concerne surtout les fameux smartphones – ces téléphones « intelligents », comme on dit intelligemment, et qui représentent à présent la moitié des vols. Ce que c’est que d’être à la mode, merci Apple et consorts.
Bref, Hortefeux a fait savoir que la loi Loppsi 2 changerait le système de protection des téléphones : jusqu’ici, on pouvait bloquer la carte SIM d’un téléphone volé ; désormais, on pourra bloquer le téléphone lui-même, assure le mini de l’Inter. Qui en conclut que, puisque ce sera beaucoup moins intéressant de voler un téléphone, on n’en volera plus !
Léger problème, la loi Loppsi, dont le projet a été adopté à l’Assemblée, ne prévoit rien pour le vol des téléphones mobiles ! Et le ministre a tout imaginé ! Mais c’est réconfortant, d’avoir un ministre imaginatif. Imaginatif, mais pas très au courant : le truc de bloquer un téléphone existe déjà. Il suffit, si on vous vole votre portable, de contacter votre opérateur et de lui communiquer le numéro IMEI du gadget, avec copie du procès-verbal de votre plainte au commissariat.
Quand à l’idée de rendre les objets « moins intéressants à voler », elle est judicieuse. Je propose que, pour éviter le vol des voitures de luxe, on les vende avec un moteur de Solex, par exemple. Que les bijoutiers de la place Vendôme ne vendent plus que du toc. Que les grands parfumeurs se bornent à vendre de l’eau de Cologne. Et que les couturiers de l’avenue Montaigne s’approvisionnent désormais chez Tati.