Paul
Les parents sont des êtres bizarres, qui s’ingénient à coller à leurs malheureux enfants des prénoms à la noix, dans la rage qui les tient de montrer combien ils possèdent (les parents, pas les enfants) un esprit curieux et original. Je vous invite à lire cet article, en essayant de ne pas rire, et en notant que ce travers n’est pas l’apanage des pauvres et des téléspectateurs de Télé-Poubelle, puisque même Marlon Brando avait prénommé sa fille Cheyenne, et que l’aînée des trois filles d’Orson Welles (née le 27 mars 1938, de son premier mariage avec Virginia Nicholson), a eu le bonheur de recevoir le prénom de... Christopher ! Eh oui, il voulait un garçon, il a eu une fille, mais il s’en est tenu à son choix de prénom.
Moi, si j’avais un fils, je ne chercherais pas midi à quatorze heures, et je l’appellerais Paul. Les avantages sont nombreux. D’abord, c’est court, il n’y a donc pas de diminutif possible. Ensuite, un film que j’ai bien aimé s’intitulait ainsi. Enfin, c’était le prénom (francisé) de Saül de Tarse, qui s’était méchamment chicorné avec ce crétin de Képhas, que tout le monde connaît sous son surnom de Simon-Pierre et qu’on s’obstine à qualifier de « premier pape », alors qu’il ne l’a jamais été. Non seulement ce Pierre-là était un sacré pétochard et un traître, mais il n’était pas bien futé, et voulait que la religion chrétienne en cours de création n’admette que les Juifs ! Jusqu’au bout, Paul l’a combattu pour que les Gentils (les non-Juifs) soient acceptés. Il a gagné, comme on sait, et c’est heureux, car, sans Paul, tous les bébés passeraient entre les mains du barbier, le jour de leur baptême, au lieu de recevoir simplement quelques gouttes d’eau sur le front.
Traduction en langage moderne : Paul était de gauche, et Pierre, adepte de la préférence nationale, aurait milité pour le Front du même métal. Et la majorité a déshabillé Pierre pour habiller Paul.
(Oui, je sais, j’exagère)