Permis de conduire gratuit ?
Amateur de ces inepties dont les radio-télés ne sont pas avares, je suis aussi à l’affût des effets pervers dans tous les domaines. Il est vrai qu’effet pervers et bourde semblent appartenir à la même famille, en ceci qu’une bourde radiophonique, par exemple, est un effet pervers de la liberté d’expression, tandis qu’un effet pervers est une bourde commise par les décideurs.
Lorsque Chirac décida, sans consulter personne, de supprimer le service militaire, ce qui fut fait en 1997, les principaux intéressés applaudirent des deux mains : tous les jeunes qui auraient dû « y » aller mais qui désormais couperaient au séjour en caserne se sentirent libérés d’un poids. Fort bien, mais ils se préparaient à en connaître un autre, financier celui-là.
En effet, il était de tradition que l’armée vous prépare à diverses activités, au nombre desquels se trouvait la conduite automobile. De sorte qu’un jeune appelé « sous les drapeaux », comme on disait alors, apprenait à conduire sans bourse délier. Or on évaluait à cent mille par an le nombre de ceux qui obtenaient leur permis de cette façon. Mais aujourd’hui, cet apprentissage gratuit n’existe plus, et si vous voulez décrocher votre permis de conduire, il faut aller dans une auto-école. Et on a calculé que l’obtention du permis de conduire, tout compris, revient à environ... 2000 euros ! Donc, faute de faire votre service, c’est ce que vous devez désormais sortir de votre poche ou de celle de vos parents.
Conscient du problème, Sarkozy avait proposé qu’au moins le code de la route soit enseigné à l’école et qu’un certificat d’aptitude soit délivré gratuitement. Hollande, lui, a promis un « forfait permis de conduire » aux jeunes qui auront effectué un service civique – ils ne sont pas nombreux, donc cette promesse ne ruinera pas l’État. Et Mélenchon prédisait un permis de conduire gratuit (ça ne lui coûtait rien, il savait qu’il ne serait pas élu), mais « à terme ». Tous ces cadeaux présumés, naturellement, seraient payés par le contribuable : auto-écoles, moniteurs, inspecteurs, matériel, rien de tout cela n’est gratuit, et si l’État le prend en charge, c’est évidemment le contribuable qui paiera... comme il payait quand l’armée se chargeait de cet enseignement.
Et puis, si le permis est gratuit, pourquoi pas aussi le logement gratuit, l’eau gratuite, le gaz gratuit, les transports gratuits, le téléphone gratuit, le cinéma gratuit, et ainsi de suite ?...
On n’en sort pas.