Pour une virgule...

Publié le par Yves-André Samère

Comme je me délecte à casser les pieds de certains parmi mes lecteurs (encore trouvé un grincheux ce matin, qui m’avait lu en diagonale et avec le gros bout de la lorgnette, en foi de quoi il avait trouvé dans une de mes notules... ce qu’il y avait apporté : que j’avais nié une catastrophe NUCLÉAIRE à Tchernobyl – classique), comme, disais-je, je ne répugne pas à les leur briser menu, voici un exemple pointu de ce que peut donner une ponctuation quand l’auteur a saupoudré son texte de virgules et au petit bonheur. Et ne me dites pas que saupoudrer signifie « poudrer avec du SEL », je le sais parfaitement, mais cela m’amuse de commettre des fautes de français qu’on ne remarque pas, comme le faisait Montherlant.

Cette fois, le coupable est... moi-même ! J’avais écrit le 14 septembre 2010 une notule sur un excellent film coréen de Chang-dong Lee, Shi, sorti partout sous un titre anglais, Poetry. Or j’avais rédigé ce que les Français appellent « un pitch », c’est-à-dire un résumé en une phrase, que je reproduis ici : « Mija est une grand-mère coréenne qui travaille en province comme bonne à tout faire chez un vieillard quasi-impotent qu’on appelle “Monsieur le président”, et qui ne refuserait pas de sa part un dernier service sexuel ». Horreur et putréfaction ! Ainsi tournée, avec cette virgule qui suit « Monsieur le président » et ce double qui semblant désigner par conséquent le même antécédent, on concluait que c’était la grand-mère qui ne refuserait pas un dernier service sexuel ! Si vous ne comprenez pas pourquoi, je ne peux rien pour vous...

J’ai rectifié, naturellement, et fait sauter la virgule superfétatoire. Du coup, le second qui fait immédiatement suite au que de « qu’on appelle » et adopte donc le même antécédent ; le sens de la phrase est rétabli ; et c’est enfin le président qui ne refuserait pas un service rendu par la grand-mère. Ce n’est plus shocking.

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