Protégeons les patrons !
La complicité, le mot n’est pas trop fort, entre Sarkozy et le patronat est confirmée par le projet de loi de réforme concernant la Justice. En principe, il s’agit de faire métaphoriquement la peau aux juges d’instruction, et de confier leur travail aux procureurs, ce qui va s’avérer bien pratique, puisque ceux-ci sont aux ordres du gouvernement, et pas les juges. Mais on nous révèle que quelques lignes « en petits caractères » (ce qui est un bon indice de la franchise gouvernementale) ajoutent au projet une magouille sur laquelle les ministres de la Justice successifs, Rachida Dati puis MAM, ont été d’une discrétion qui les honore. Il s’agit cette fois de réformer la procédure permettant d’inculper les auteurs d’abus de biens sociaux – en clair, les patrons qui confondent un peu l’argent ou les biens matériels de leur société avec les leurs.
Jusqu’ici, lorsqu’un patron se faisait pincer à taper dans la caisse ou à embarquer à son domicile un tableau de maître destiné à décorer son bureau au siège de sa société, le délai comptant pour la prescription, et donc l’abandon de toute poursuite, courait à partir du moment où le délinquant s’était fait pincer, justement. Or le gouvernement, uniquement composé de petits frères des riches, entend faire commencer ce délai au moment où le délit a été commis.
Ça n’a l’air de rien, mais c’est gros comme une maison, en réalité. Car ce genre d’affaires se passe généralement en toute discrétion, et quand, par hasard, un patron est pris la main dans le pot de confiture, il y a longtemps que le pot est vide. Avec cette nouvelle disposition de la loi, la plupart des cas de vol patronal (excusez, j’ai été mal élevé, je n’ai trouvé aucun autre mot) resteront impunis, parce que le temps aura passé, tout simplement.
Ces malheureux chefs d’entreprise, puisque c’est ainsi qu’ils se désignent, vont devoir vivre avec l’œil sur le calendrier. Dur.