Que peut faire Liliane Bettencourt ?
On va encore parler un peu de Nestlé.
Liliane Bettencourt possède-t-elle vraiment la troisième fortune de France ? En réalité, non. Cette fortune provient avant tout des 30 % du capital de la société L’Oréal, fondée par le père de Liliane, et qui fabrique et vend des cosmétiques. Ces 30 % sont possédés par « la famille », constituée principalement de deux personnes, Liliane et sa fille Françoise (qui a d’ailleurs des enfants). Le reste du capital de L’Oréal est détenu à près de 29 % par Nestlé, près de 37 % est dans le public (en Bourse), et restent un peu plus de 4 % détenus par divers autres propriétaires. Cette structure du capital est verrouillée, ce qui signifie que ni la famille ni Nestlé, les deux plus gros actionnaires, ne peuvent augmenter leur part avant le décès de Liliane : depuis 2009, ils peuvent céder leur part à condition de la proposer en premier lieu à l’autre partie, droit de préemption prévu pour tenir jusqu’en 2014.
Au sein de la famille, tout est aussi figé : Liliane détient l’usufruit, ce qui signifie qu’elle touche les dividendes (les bénéfices de l’Oréal) et possède les droits de vote ; mais elle ne peut pas vendre ses parts, comme dit plus haut. Quant à sa fille à ses héritiers, ils possèdent seulement la nue-propriété, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent rien vendre non plus sans l’accord de Liliane. Ainsi, cette dernière peut faire ce qu’elle veut de ses dividendes, mais PAS de la fortune familiale.
Françoise peut-elle mettre sa mère sous tutelle, sous le prétexte que celle-ci n’a plus toute sa raison et fait des cadeaux d’un montant extraordinaire à son photographe ? Oui, sans doute, mais en aucun cas elle ne pourrait elle-même être la tutrice de sa mère, car un tuteur ne peut, selon la loi, entrer en conflit d’intérêts avec la personne sous tutelle. Par conséquent la mise sous tutelle de Liliane Bettencourt ne permettrait pas si facilement de vendre ses parts à Nestlé : cette société a certes l’argent nécessaire, mais pas les droits. Cependant, le temps travaille pour elle : en 2014, et a fortiori à la mort de madame Bettencourt, tout pourra changer.