Qui suis-je, où vais-je ? Etc.
Modeste comme vous me connaissez, chers lecteurs (et quand je dis « Chers lecteurs », ça comprend aussi les lectrices, ne nous égarons pas), vous n’aurez aucune peine à imaginer combien il est marrant, à mes yeux, de voir des gens se battre les flancs pour tâcher d’en savoir davantage sur votre (très humble) serviteur. En vain, car je prends un plaisir sadique à égarer les curieux.
L’erreur la plus courante consiste, de leur part, à chercher ici et dans d’autres de mes petits écrits des indications sur ce que je suis et ce que je fais. Sur ce que je pense, à la rigueur, cela pourrait arriver, quoique je pense assez peu, n’étant pas outillé pour ça, mais l’être humain ne peut s’empêcher de prêcher, de temps en temps, et moi comme les autres, puisque, le croiriez-vous ? je suis un être humain. Néanmoins, comme j’ai la conviction que je ne suis rien et n’offre aucun trait assez intéressant pour devoir être soumis à l’adulation des foules, je m’amuse énormément, d’une part, à semer de fausses pistes, et d’autre part, à lire les supputations, suppositions et autres conclusions de ceux qui ne me connaîtront jamais, puisque j’ai la passion de l’anonymat. C’est rare, je sais... Ah ! le plaisir d’arpenter les rues de Paris en n’étant abordé que par des touristes étrangers qui cherchent la rue Quincampoix, l’église Saint-Sauveur (qui n’existe plus) ou le passage de la Reine de Hongrie (qui est inaccessible depuis qu’on l’a condamné par une porte à chaque extrémité). Pour tout dire, puisque ce bloc-notes est gratuit et que je ne paye aucune cotisation annuelle, le jour où je mourrai, hypothèse invraisemblable, nul ne le saura, car ces pages ne disparaîtront pas avec ma petite personne. En attendant, les honorables prospecteurs se plantent royalement.
Et puis, il y a le cas de ces individus que j’ai réellement connus, que je ne veux plus voir, et qui tentent de me retrouver, en général pour m’emprunter de l’argent, puisque mes ressources sont quasiment infinies (merci, tante Liliane !). Inutile de dire qu’ils n’y parviendront pas. Il y a ainsi ce type qui me cherche depuis belle lurette, par tous les moyens possibles. Il y a une poignée d’années, il avait même envisagé de s’adresser à... Bataille et Fontaine, qui faisaient alors sur Télé-Poubelle une émission où des malheureux désemparés tentaient de renouer avec des connaissances perdues de vue (je crois que c’était le titre de leur émission à la noix). Je l’ai su, et j’ai bien ri. Le même, hier, a envoyé un message à... Didier Porte pour savoir où me dénicher ! Le pauvre ignorait que Porte ne répond jamais aux casse-pieds, et se contente de me transmettre tous les messages qui ne l’intéressent pas – accompagnés d’un sarcasme visant mes amours supposées, qu’évidemment il n’imagine pas autres que déviantes.
Mais c’est bien aimable de contribuer ainsi à me distraire.