Régler le sort des émigrés de l’impôt
Les gens de parti pris clament volontiers qu’il n’y a rien de bon à la télévision, et qu’elle n’est qu’un robinet à déverser des sottises. C’est souvent vrai, mais pas toujours.
Je déteste le style du Grand Journal, que préside Michel Denisot chaque jour ouvrable sur Canal Plus. Cette sélection d’un public exclusivement jeune, ce même public applaudisseur qui se manifeste bruyamment à chaque fin de phrase des invités – soit toutes les quinze secondes –, ce fond sonore à base de rap chaque fois qu’un invité jeune apparaît sur le plateau (il est jeune, DONC il ne peut aimer que le rap), ce déluge de publicité toutes les dix minutes, et la médiocrité de la potiche de service Ariane Massenet, tout cela a de quoi vous taper sur les nerfs.
Mais alors, bougre d’andouille, me direz-vous, pourquoi regardes-tu cette bouse ? Justement, parce que le Grand Journal n’est pas que de la bouse, il accueille aussi, outre Yann Barthès qui a créé le style « langue de pute visuelle » et qui chaque soir fait du petit bois des activités gouvernementales, il accueille aussi, disais-je, outre quelques invités intelligents, le grand journaliste Jean-Michel Aphatie.
On sait bien qu’Aphatie est très critiqué pour son manque apparent de modestie, mais quel intérêt ? Ce qui compte, c’est que ses analyses politiques sont intelligentes et originales, et qu’on s’étonne chaque soir de n’avoir pas remarqué ce que lui a vu avant tout le monde, ou de n’avoir pas eu les idées qu’il expose.
Ainsi, hier soir, Aphatie et l’un des invitées, Sylvie Pierre-Brossolette, journaliste au « Point », ont donné leur opinion sur ces Français qui, afin de ne plus payer d’impôts, se réfugient à l’étranger. Aphatie suggère, puisque ces gens se sont mis à l’écart de la vie nationale, de leur retirer le droit de vote tant qu’ils ne reviendront pas payer leurs impôts en France, et son interlocutrice, de leur retirer aussi leurs droits à la Sécurité Sociale. Comment admettre, en effet, qu’on puisse se faire soigner gratuitement en France quand on ne contribue pas au budget qui finance la chère Sécu ?