Sade revient !
La radio annonçait ce matin qu’on avait retrouvé à l’étranger puis rapatrié en France le manuscrit original du livre obscène de Sade Les cent vingt journées de Sodome, écrit, paraît-il, pendant son séjour à la Bastille (il avait été libéré peu avant le 14 juillet 1789). Commentaire de la radio : c’est le livre le plus terrible rédigé par le marquis.
Je crois que le commentateur ne l’a pas lu, et a fondé son opinion sur le film stupide et répugnant, Salò ou les cent vingt journées de Sodome, qu’en a tiré Pasolini peu avant sa mort en 1975 – film dont « Le Canard enchaîné » avait écrit qu’il n’était pas utile de nous montrer des jeunes gens obligés de manger de la merde pour nous dégoûter du fascisme ; qui passe quelquefois à la télévision ; et que je ne vous conseille certainement pas !
Toujours est-il que ce livre n’était pas le plus épouvantable qui naquit dans l’esprit malade de Sade, car il en existe un autre, bien pire : Histoire de Juliette, ou les prospérités du vice, un peu moins connu mais qui va beaucoup plus loin. Juliette est la sœur de Justine, personnage central dans Justine ou les malheurs de la vertu, qui était une jeune fille d’une bonté et d’une naïveté absolues, à qui arrivaient bien des malheurs, car elle ne cessait de tomber sous la coupe de personnages qui lui faisaient subir un tas de sévices. Or cette sœur, Juliette, était tout le contraire, c’était une criminelle, et elle faisait partie de ces personnages que les gens pleins d’imagination qualifient de « sulfureux » – qui sont, bien sûr, obsédés sexuels comme l’était le marquis (mais lui, qui a passé une bonne partie de sa vie en prison, cela pouvait se comprendre : ses livres étaient un exutoire à sa solitude). Pour vous donner une petite idée, une scène peu avant la fin du livre la montre qui pousse sa propre fille de six ans dans un feu allumé dans une cheminée et l’y maintient avec un tisonnier, jusqu’à ce qu’elle soit consumée ; pendant ce temps, le type avec lequel elle est en pleine orgie tue ses deux fils de douze et dix-huit ans après les avoir sodomisés et mutilés – les victimes ne se défendent jamais, chez Sade. C’est autre chose que le Tous à poil qui a tant effarouché le pauvre Copé !
Sade était cinglé, il n’y a aucun doute, mais on a tendance à en faire aussi le chantre de la liberté, ce qui est peut-être un peu excessif, puisqu’il était le contraire d’un démocrate, méprisait le peuple, et souhaitait une dictature des êtres supérieurs, dont il était, bien entendu ! Mais, en pleine monarchie, il réclamait la république, et ce n’était pas si courant. Napoléon, c’est une justice à lui rendre, l’avait en horreur.