Schnock-options
Le système des stock-options a été imaginé, à l’instar de tous les autres avantages financiers accordés aux dirigeants des grandes sociétés, pour récompenser les « bons » dirigeants et les dissuader d’aller gagner leur vie à l’étranger. Or, augmenter leurs salaires présentait un petit inconvénient : les salaires sont soumis à l’impôt sur le revenu, dont le taux croît – et de façon non proportionnelle, surtout – avec le montant desdits revenus ; en clair, plus on gagne, plus ce taux augmente, et le montant du prélèvement avec. En revanche, l’impôt sur les plus-values boursières est à taux fixe – un taux largement inférieur au précédent.
Bien entendu, les patrons sont très attachés à ce cadeau, qui est clairement une astuce de droite. Y compris quand des gouvernements de gauche l’utilisent.
Le fonctionnement est très simple : le conseil d’administration de la société concernée décide de donner aux dirigeants qu’il veut favoriser (et qui se trouvent dans son sein, président compris !) la possibilité d’acheter, jusqu’à une date fixée à l’avance, un paquet d’actions de la société, au prix que vaut l’action au jour où ce cadeau est décidé – pas au prix qu’elle vaudra le jour de l’achat, toute l’astuce est là ! Dès lors, le bénéficiaire a le choix : soit il achète au prix ancien une action dont le prix a augmenté entre-temps... et il la revend le jour même avec bénéfice ; soit ce prix n’a pas augmenté, ou pas assez, ou a diminué, et dans ce cas il n’achète pas. Aucun risque.
Par exemple, on attribue à M. Tartempion un paquet de 10 000 actions de sa société, lesquelles valent ce jour-là 50 euros. Si, le jour fixé comme limite pour les acheter réellement, chaque action vaut 70 euros, il les achète à 50 euros, et rien ne l’empêche de les revendre à 70 euros, faisant ainsi un bénéfice (une « plus-value », en langage boursier) de 10 000 fois 20 euros, soit 200 000 euros, sans avoir eu à bouger un doigt. Certes, cette plus-value sera imposée, mais à... 30,1 % (soit 18 % de taxation forfaitaire, plus 12,1 % de prélèvements sociaux). Si ce sympathique bonus avait été versé sous forme de salaire, il aurait été, vu son montant, taxé au taux de la branche supérieure de l’impôt sur le revenu, qui est de 40 %.
Mais prenons un exemple concret : Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez, avait reçu de cette société un paquet de 50 000 actions sous forme de stock-options. Lors de cette attribution, l’action de GDF-Suez valait 12,59 euros, c’est donc à ce prix que, ce 4 janvier, il les a « levées » (achetées, en jargon financier), pour un total de 619 500 euros. Il les a revendues le jour même, pour 1 451 000 euros, puisque, entre-temps, le prix de l’action avait grimpé jusqu’à 29,02 euros. Bilan : 831 500 euros de plus-value, soit un bénéfice de 134,22 % !
Sans rien faire, on le répète...