Une création géniale de Philippe Starck

Publié le par Yves-André Samère

J’ai lancé l’autre jour une pique en direction de Philippe Starck, mis par votre (très humble) serviteur au nombre des charlatans qui tirent un profit matériel de leurs créations ; lesquelles, à mes yeux, ne sont guère plus que des impostures, mais encensées par les snobs, ce qui permet à peu près tout.

Starck est un designer, c’est-à-dire un concepteur de formes. Un artiste, quoi ! Si vous n’avez vu aucune de ses créations, c’est que vous débarquez de la planète Mars, puisque l’une des plus récentes est le modem ADSL de la firme Free, fournisseur d’accès à Internet, dans sa version 6, et baptisé Freebox « Révolution ». A priori, je me méfie de tout ce qui porte cette étiquette, « révolution », et je ne dois pas être le seul. Ledit modem, dont vous pouvez admirer ICI l’extrême sophistication de la conception, n’est jamais qu’un parallélépipède rectangle, autrement dit une boîte toute bête, et qui laisse à penser que son auteur s’est fait une entorse au cervelet en l’imaginant.

Il y a quelques années, Starck avait « conçu » un autre bidule pour Thomson, firme française qui fabriquait notamment des ordinateurs, des téléviseurs et des magnétoscopes (aujourd’hui, elle s’appelle Technicolor). Cela se passait il y a quinze à dix-huit ans, et Thomson avait commandé au grand artiste un modèle de télécommande. Starck se mit à sa planche à dessin et proposa un modèle qui fut fabriqué et vendu avec un magnétoscope.

Un chef d’œuvre, et je vous le décris.

Alors que la quasi-totalité des télécommandes sont des objets oblongs, de silhouette rectangulaire, et plutôt plats, donc stables, Starck avait estimé génial de proposer un objet tronc-conique, assez compliqué. Dans sa plus grande longueur, il mesurait vingt-cinq centimètres, ce qui est déjà beaucoup, et il affectait la forme d’un cône tronqué aux deux extrémités. La base la plus petite était circulaire, perpendiculaire à l’axe, et avait un diamètre de trois centimètres, la base opposée avait un diamètre du double, et coupait l’axe de l’objet, non pas perpendiculairement, mais selon un angle de 45°. Donc, la télécommande n’était pas cylindrique, mais en forme de cône dépourvu de pointe. Je ne me fiche pas de vous, et  vous pouvez l’admirer .

Ainsi conçu, l’objet avait un comportement bizarre. Si, lorsque vous regardiez la télévision, vous faisiez comme tout le monde et posiez votre télécommande de magnétoscope sur le canapé, elle avait tendance à rouler et à se retrouver « sur le ventre » une fois sur deux. Si bien que, par son poids, les boutons s’enfonçaient tout seuls à l’insu de votre plein gré, et le résultat était fabuleux : soit le magnétoscope se déclenchait tout seul et commençait à lire la cassette qu’il contenait, ce qui est demi-mal, soit le bouton d’enregistrement était pressé, et la cassette s’effaçait ! À votre plus grand bonheur, si vous aviez inséré dans la machine infernale un film auquel vous teniez et qui ne repasserait plus à la télé avant une vingtaine d’années !

Mais on pardonne tout aux génies.

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