Présidents menteurs

Publié le par Yves-André Samère

Avant-hier, j’ai revu en DVD le film de Ron Howard Frost/Nikon, adapté en 2008 d’une pièce de Peter Morgan qui se jouait à Londres (c’est Morgan qui, deux ans plus tôt, avait écrit le scénario de The Queen, film de Stephen Frears). Cette pièce était tirée des interviews télévisées que David Frost, toujours en fonction et devenu Sir David Frost, avait faites de Richard Nixon après son éjection – éjection, pas élection – de la présidence des États-Unis. Soit dit en passant, Nixon n’a jamais été jugé, car son successeur Gerald Ford l’a gracié ! Mais que reprochait-on à Nixon  ? L’espionnage de l’immeuble Watergate où le Parti démocrate, donc d’opposition, avait son siège ? Pas du tout ! (lire ICI) On lui a reproché d’avoir menti en déclarant que la Maison-Blanche, donc lui-même et les employés de la présidence, n’était « impliquée en aucune manière dans cet incident-là ». On eut bien sûr toutes les preuves du contraire, et, durant cette série d’interviews, Nixon dut reconnaître le caractère immoral de ses actions, tout en ayant le culot d’affirmer que, quoi que fasse le président, cela ne peut pas être illégal.

Ils sont bizarres, aux États-Unis. Virer le chef de l’État parce qu’il a menti ? Mais TOUS nos présidents ont menti ! Voyez plutôt :

- De Gaulle a menti sur ses intentions lorsqu’il est revenu au pouvoir le 1er juin 1958. Le 5 de ce mois, il conclut son discours public de Mostaganem par un « Vive l’Algérie française » parfaitement mensonger, destiné à amadouer les Français d’Algérie, dont il avait eu besoin pour revenir à la tête de l’État. Et, fin mai 1968, il martèle à la télévision qu’il ne cèdera pas aux émeutiers ni ne changera de Premier ministre. Un mois plus tard, il renvoie Pompidou, le Premier ministre, qui avait eu l’audace de gagner les élections législatives et donc de lui faire de l’ombre (à lui qui n’avait pas brillé en s’enfuyant à Baden-Baden pour implorer l’aide du général Massu).

- Pompidou a menti sur son état de santé, car, atteint de la maladie de Waldenström depuis 1968 et le sachant lors de son élection à la présidence, il a laissé dire qu’il souffrait d’une simple succession de « grippes » – ce que son apparence physique démentait pourtant. Il est mort deux ans avant la fin de son mandat.

- Giscard a menti sur les diamants que lui avait offerts Bokassa alors qu’il était ministre des Finances. Il a aussi menti à la douane en les passant en fraude à son retour en France.

- Mitterrand s’est révélé un professionnel du mensonge permanent. Par exemple, comme Pompidou, en mentant sur son état de santé : il avait déjà un cancer, et le savait, lors de sa première élection à la présidence. Mais le plus scandaleux a été d’accuser de tentative d’assassinat le député de droite Robert Pesquet, qui avait été son complice dans le faux attentat dit « de l’Observatoire ». Or, à cette époque, les cours d’assises condamnaient encore à mort pour ce type de crime, et Mitterrand en a perdu son immunité sénatoriale. Mais il mentit également en jouant avec sa femme la comédie du couple uni, alors qu’il avait déjà eu une fille de sa maîtresse Anne Pingeot (juste retour des choses, Danièle Mitterrand avait aussi un amant, qu’elle avait installé... au domicile conjugal, rue de Bièvre !).

- Chirac mentait tellement qu’il y avait gagné auprès des Guignols le surnom de Super-Menteur. Inutile de détailler, tout le monde s’en souvient.

- Sarkozy ment comme il respire, et sur tous les sujets. Par exemple, sur le financement de sa dernière campagne électorale. Forcément, il n’a aucune conviction et navigue à vue, selon les sondages.

- Hollande est un autre détenteur de records dans la spécialité. Son célèbre « Mon ennemi, c’est la finance », restera dans les livres d’histoire, parmi les dizaines de promesses électorales non tenues.

Je ne sais pourquoi, mais je pense à cette remarque de Figaro adressée au Comte Almaviva, dans Le barbier de Séville : «Aux vertus qu’on exige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets ? ».

Publicité

Publié dans Mœurs, Cinéma

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :