Déboulonnons : les mathématiques (1)
Attention, les cardiaques sont invités à ne pas lire ce qui va suivre. En effet, je compte me livrer ici à une attaque en règle contre les mathématiques. Avouez que ce n’est pas mon genre habituel. En fait, c’est plutôt à certaines manies que j’en ai, manies qui tournent autour de deux notions en rapport avec l’arithmétique : l’obsession des dates, et l’obsession du nombre comme facteur d’émotion. Vous ne comprenez pas ? Bof, moi-même, je ne comprends pas très bien...
Je parlerai du facteur sentimental un autre jour, mais commençons par l’obsession des dates. Elle se manifeste de plusieurs façons. Il y a d’abord la manie de la date exacte. Et il y a aussi l’importance exagérée qu’on donne à la relation entre la date et la signification d’un événement.
Ainsi, certains individus, lorsqu’on leur rapporte un fait, font une fixette, non sur le récit ou sur son sens, mais sur le détail des dates qu’on y mentionne. Par exemple, dans un message publié en 2001 sur les attentats de New York, j’avais affirmé cette évidence que si les États-Uniens étaient haïs un peu partout dans le monde, c’est parce qu’ils n’ont jamais reculé devant la perspective de frapper leurs adversaires avec la plus grande violence possible, confinant parfois à la barbarie. Bien entendu, j’avais cité la bombe atomique sur Hiroshima, puis celle sur Nagasaki. Et j’ai eu le malheur d’écrire que la première avait été jetée sur Hiroshima le 6 août 1945, et la seconde le 8 août. Comme je n’ai aucune fiche, contrairement à ce que pensent certains, et que j’écris dans le feu de l’action, si l’on peut dire, je n’ai pas vérifié qu’en fait, Nagasaki a été bombardée le 9 août et non le 8. Cela m’a valu un courrier agressif d’un nazi qui fréquentait le forum en question (c’était celui de Friends) et ne ratait jamais une occasion de s’en prendre à moi, ce que chacun peut comprendre ! Ce cancre-là, ignorant délibérément le SENS de ce que j’écrivais, s’était trouvé tout heureux de me coincer sur ce point capital. Effectivement, ça changeait tout et réduisait à néant le reste de mon message. Mea culpa. Depuis, je faisais comme lui, j’ouvrais le Quid – Wikipédia était bien née le 16 janvier précédent, mais elle était encore embryonnaire à la date des attentats, et quasiment personne ne la connaissait.
Pour ce qui est du rapport entre la date et l’importance d’un événement, je me suis moqué dans un texte satirique, aujourd’hui disparu, de cette bizarrerie qu’ont manifestée les journalistes plusieurs années durant, nous bassinant sans cesse avec la fameuse expression « à l’aube de l’an 2000 ». En résumé, et pour ceux qui n’ont pas l’énergie de lire un texte de plus de quatre lignes, j’y expliquais qu’en effet, les atrocités que l’on condamnait comme intolérables jusqu’en 1999, « à l’aube de l’an 2000 » par conséquent, étaient sans doute, dans l’optique de ces bons apôtres, moins intolérables en 1990, presque acceptables en 1975, et tout à fait convenables en 1950. Et dans la foulée, j’étendais la comparaison à la notion de distance, en mettant dans le même sac l’expression « à moins de deux heures d’avion de Paris ».
Pour conclure cette histoire de date, j’ai entendu, sur France Inter et toujours en 2001, une journaliste suédoise s’indigner de ce qu’une chaîne de télé, dans son pays, avait laissé la parole à des lycéens, et que ceux-ci avaient massivement critiqué les États-Unis, et surtout leur politique. Mais ce qui la défrisait, à la dame, c’était que ces sales garnements se permettaient de le faire « au lendemain des attentats ». Comme vous voyez, encore l’obsession de la date. S’ils avaient déblatéré sur l’oncle Sam la veille ou deux mois avant, elle aurait trouvé ça très bien, sans doute. Mais « le lendemain », ah non !...
Dépêchons-nous de rire de ces stupidités, avant d’être obligés d’en pleurer.