Bouclons tout !
La fermeture provisoire de tous les lieux publics à Paris, écoles, musées, salles de spectacle, grands magasins, bibliothèques, et je ne sais quoi encore, est visiblement destinée à rassurer les citoyens : l’État fait quelque chose. Mais cette mesure n’aura aucune efficacité contre le terrorisme, pour plusieurs raisons.
D’abord, et contrairement à ce que disent certains, nous ne sommes pas en guerre. Dans une guerre, deux armées s’affrontent – parfois, davantage –, on connaît son adversaire (ou son ennemi), on sait où il est, où se trouvent ses bases, et combien il a de soldats. Puis, quand un camp a vaincu l’autre, on s’assied autour d’une table et on négocie les conditions de la reddition du perdant. Ici, non seulement on ne connaît ni les noms des terroristes, ni leur nombre, ni leur aspect, ni leurs cachettes, mais on sait aussi qu’il n’y aura jamais de négociation, et que le nombre des combattants ne fera qu’augmenter au fur et à mesure qu’on en tuera : leur « Dieu » les multiplie comme Jésus multipliait les pains. Arithmétique très spéciale...
En outre, le simple bon sens indique bien que ladite mesure est un défi au bon sens : à chaque attentat, TOUS les terroristes (sauf un, semble-t-il) ont été tués, soit abattus, soit suicidés. S’attend-on à ce qu’ils reviennent d’entre les morts pour se remettre à l’ouvrage, et aux mêmes endroits ? Ce sera la seule initiative de ceux qui prendront la relève, et qui choisiront le lieu et le moment, sans qu’on puisse prévoir quoi que ce soit pour les en empêcher.
Et puis, il y a des lieux publics qu’on ne peut pas fermer ! Croyez-vous qu’on pourra boucler les gares, les aéroports, les places publiques, les jardins, les hôpitaux, les églises ? Qui pourrait empêcher un fou meurtrier de se pointer à Notre-Dame, lors de la messe de minuit, avec sous sa veste une ceinture d’explosifs ? Allez-vous déshabiller tous les fidèles prétendus qui se présenteront à la porte de la cathédrale ?
Reste à espérer que la mode passe. Il y en a eu d’autres : détourner vers Cuba les avions de ligne ; incendier comme en 1968 les Méharis, horribles bagnoles en plastique de chez Citroën ; voire entarter les pitres du genre BHL. On peut toujours rêver. Il ne nous reste plus que cela, à mon avis.