ILS nous ont libérés ?
Combien de fois n’ai-je pas entendu cette affirmation qui me fait grincer les dents : lors de la Deuxième guerre mondiale, « les États-Unis nous ont libérés » ? Et si on mettait quelques bémols à ce dogme pieux ?
D’abord, cette Deuxième guerre, qu’on est bien imprudent de qualifier de « seconde » (attendu que cet adjectif signifie deuxième ET DERNIER), a commencé officiellement le 1er septembre 1939, après l’envahissement de la Pologne par l’Allemagne nazie. Or, pour entrer en guerre, les États-Unis ont attendu le 7 décembre 1941, quand les Japonais – alliés aux nazis et pires qu’eux par certains côtés –, ont attaqué la base de Pearl Harbor. Parce que, cette fois, on les agressait directement sur un de leurs territoires. Deux ans et trois mois de patience, c’est admirable...
Je ferai remarquer qu’il y avait pourtant de quoi se réveiller plus tôt, attendu que les sous-marins allemands ont très vite coulé les navires des États-Unis qui allaient ravitailler la Grande-Bretagne, et que bien de leurs propres syndicats étaient déjà noyautés par des nazis infiltrés chez eux et qui organisaient des sabotages. Si vous n’avez pas vu Saboteur, le film d’Alfred Hitchcock (en français, La cinquième colonne), ou son autre film Lifeboat, c’est le moment de vous procurer le DVD.
Mais il n’y a pas que cela.
Aux États-Unis, empire profondément replié sur lui-même, la majorité des citoyens étaient hostiles à une entrée en guerre. Et, pour tout dire, beaucoup étaient favorables à Hitler. La chose a été traitée en détail par Jacques Pauwels, historien, dans son livre publié à Bruxelles en 2012, Le mythe de la bonne guerre : les États-Unis et la Seconde guerre mondiale, d’après documents et non sur des racontars. Il révèle qu’une grande partie des plus grosses sociétés du pays ont collaboré avec Hitler, non seulement au début de la guerre, mais également ensuite : Du Pont, Union Carbide, Westinghouse, General Electric, Goodrich, Singer, Kodak, ITT, JP Morgan... Tout ça est glorieux.
Mais pourquoi collaborer avec ce gangster ? C’est très simple : comme Hitler désirait porter la guerre dans les pays de ses adversaires, il lui fallait de l’essence et des camions, mais l’Allemagne n’avait rien de tout ça. Les États-Unis, si ! L’essence avec Esso, les camions avec Ford et General Motors, qui avaient leurs propres usines en Allemagne. Or le client est roi. Et le patronat des États-Unis était favorable à Hitler avant même la guerre, et l’est resté jusqu’à ce que l’Allemagne s’est mise à flirter avec l’Amérique latine, qui lui faisait concurrence. Quant au Japon, une autre raison d’entrer en guerre contre lui était du même tonneau : les Japs avaient accaparé tout le commerce en Asie !
Enfin dernière raison touchant au saint pognon : la Grande-Bretagne, qui supportait l’essentiel du poids financier de la guerre, empruntait beaucoup d’argent aux États-Unis, contre intérêt. Ceux-ci avaient donc tout à gagner à ce que la guerre dure, et sans qu’ils s’en mêlent directement. Si le Japon n’avait pas commis la boulette fatale de bombarder Pearl Harbor, elle aurait continué tranquillement encore quelques années.
Vous n’êtes pas convaincus ? Alors, deux citations pour vous dérider :
- Henry Ford : « Ni les Alliés, ni l’Axe ne devraient gagner la guerre. Les USA devraient fournir aux deux camps les moyens de continuer à se battre jusqu’à ce que tous deux s’effondrent. »
- Harry Truman, devenu président en 1945, et qui peu après décida de bombarder Hiroshima et Nagasaki : « Si l’Allemagne gagne, nous devons aider la Russie, et si la Russie gagne, nous devons aider l’Allemagne, afin qu’il en meure le maximum de chaque côté. »
Charmant, non ?