Éloge de Sodexo
Dans la maison de convalescence qui m’héberge et où je resterai encore, sans doute, deux semaines (il me reste douze piqûres à faire, cinq séances de rééducation respiratoire et trois prises de sang), le point noir est représenté par les repas. Déjeuners et dîners sont livrés chaque jour par le camion de Sodexo, et si vous désirez expier vos péchés, je vous conseille de ne plus manger que les repas de Sodexo.
Cette firme est la plus grosse entreprise de repas pour collectivités, et comme elle approvisionne aussi les cantines scolaires, cela vous explique pourquoi vos gosses se précipitent chez McDo à la première occasion : ils doivent penser que ce n’est pas vraiment tomber de Charybde en Scylla, bien au contraire.
J’imagine que, chez Sodexo, les repas commandés sont composés par un ordinateur, mais un peu moins doué que le programme de Google qui a battu trois fois un champion du jeu de Go. À mon avis, il puise dans une base de données où sont recensés tous les plats susceptibles de ne PAS envoyer dans l’autre monde ceux qui les mangeront, et que ce critère lui suffit. Partant de là, il choisit au hasard sept ou huit composants, et en juxtapose trois dans l’assiette principale, sans se soucier, puisqu’il n’est pas programmé pour ça, du goût qu’offrira cette cohabitation. À quoi il ajoute un yaourt et un ou deux fromages, généralement une tranche d’emmenthal sous plastique.
Histoire de vous faire envie, et à titre documentaire, voici mon dernier menu :
- potage d’asperges (il y a tous les soirs du potage) ;
- omelette piperade (le qualificatif change tous les jours, mais c’est sempiternellement la MÊME omelette, à la poudre d’œufs ) ;
- courgettes sautées aux herbes (75 grammes) ;
- semoule (75 grammes, non assaisonnée, parfaitement sèche, comme sortie du paquet) ;
- yaourt nature ;
- kiwi ;
- pain ;
- emmenthal.
Je signale aux gastronomes que l’omelette, les courgettes et la semoule ont été mises dans la même assiette, et que tous les dîneurs ont estimé cela parfaitement immangeable. Hier, la semoule a été accompagnée par trois moitiés de tomates qu’on avait fait cuire, et qui n’avaient que le goût de l’eau dont elles ruisselaient.
Et puis, autre interprétation typique de Sodexo : j’avais dit à la diététicienne que je ne mangeais pas de viande. Elle a donc écrit sur sa fiche « Végétarien ». Et pour Sodexo, un végétarien, ça signifie « individu qui mange du poisson ». De sorte que, six fois de suite, j’ai trouvé dans ma ration un morceau de colin. Fade et non assaisonné, comme de juste. J’ai fini par râler, et on a... supprimé le poisson sans le remplacer par rien.
En sortant, je revends mes actions de Sodexo, et je me précipite dans le Flunch le plus proche, à côté du Pompidolium. J’aurai l’impression de dîner à la Tour d’Argent.